Parc national des Cévennes
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Le 23/03/2021
Flore

 

Partez à la découverte de la flore du Parc avec notre garde moniteur Emeric Sulmont !
Le printemps arrive à grand pas et ces observations réalisées l’année dernière vous permettront d’être prêts pour ce moment tant attendu par les botanistes amateurs ou éclairés !
L’occasion de découvrir des espèces remarquables, rares ou indicatrices à observer avec passion et bienveillance.
Les agents de terrain du mont Lozère sur le roc de Morocau © Jean-Pierre Malafosse PNC
Les agents de terrain du mont Lozère sur le roc de Morocau © Jean-Pierre Malafosse PNC

 

[La Brousse, Pont de Montvert, observations réalisées le 25 juin 2020 avec l’équipe des agents du PNC du mont Lozère]

 

En prévision de projets agricoles autour de la Brousse, l’objectif de la journée était à la fois de compléter la connaissance générale de la flore à l’est de la Brousse (très peu de données connues) tout en recherchant de nouvelles localités d’espèces à enjeux.

Nous commençons notre périple sur un bâtiment d’adduction d’eau au-dessus de la Brousse, les lisières de pins à genêt purgatif marquées par des murets de granit abritent le Corydale claviculé (Ceratocapnos claviculata).

 

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Corydale claviculé (Ceratocapnosclaviculata) ©  Cwmhiraeth Wikimedia Commons

 

Nous trouvons sur les bords de la piste de nombreux lambeaux de pelouses colonisés par le gaillet du piémont (Galium pedemontanum) et la chicorée des moutons (Arnoseris minima) ainsi qu’une graminée peu commune : la Koelérie à grandes fleurs (Koeleria Macrantha).

 

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                                         Koelérie à grandes fleurs (Koeleria Macrantha)
                                           © Andrey Zharkikh - Wikimedia Commons

 

 

 

 

Chicorée des moutons (Arnoseris minima) © Kenraiz Krzysztof Zziamek - Wikimedia commons

 

Nous continuons la piste jusqu’à un premier replat de crête où David Hennebaut, garde moniteur sur le mont Lozère, découvre une très belle station d’orpin à feuilles embrassantes (Sedum amplexicaule) qui pousse sur des pelouses maigres sur arènes granitiques, en périphérie immédiate d’un affleurement rocheux.

 

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Orpin à feuilles embrassantes (Sedum amplexicaule) de la Brousse au Roc de Maurocou © Jean-Pierre Malafosse PNC

 

Non loin de là, Frantz Hopkins, notre chargé de mission flore, attire notre attention sur les touffes caractéristiques du Pâturin violacé (Bellardiochloa variegata), qui émaille de ses panicules rougeâtres la pelouse. Sa touffe dense rappelle celle du nard ou du cheveu d’ange, son port assez raide le distingue aussi de la canche flexueuse avec qui elle pourrait être confondue (taille et couleur).

Il s’agit d’une graminée rare en Cévennes, qui est peu commune sur les plus hauts sommets du Massif Central et est à peine plus courante dans les Alpes du sud et les Pyrénées.

 

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Bellardiochloa variegata de la Brousse au roc de Maurocou © Jean-Pierre Malafosse PNC

 

 

Nous continuons en traversant une zone humide qui révèle entre autres : la potentille des marais (Comarum palustre) et la pédiculaire des bois (Pedicularis sylvatica). Cette dernière porte assez mal son nom car elle est plutôt spécifique des landes humides et bas-marais acide à Carex panicea et Carex demissa entre autres.

 

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Potentille des marais (Comarum palustre) © Yves Maccagno

 

 

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    Pédiculaire des bois © Bernd Haynold - Wikimedia Commons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En chemin, nous rencontrons le Barbitiste ventru (Polysarcus denticauda), une sauterelle verte à l’abdomen très renflé qui est rare en Cévennes (cantonné uniquement au plateau du Mont Lozère).

Les chaos rocheux du Rocher de Maurocou nous offrent un peu d’ombre pour le pique-nique, ils concentrent de nombreuses espèces remarquables : le lichen des islandais (Cetraria islandica), le Calamagrostis faux-roseau (Calamagrostis arundinacea), la raiponce hémisphérique (Phyteuma hemisphaericum), la fougère des montagnes (Dryopteris oreades), la mousse qui brille (Schistostega pennata), le pied de chat (Antennaria dioica), l’œillet de Montpellier (Dianthus hyssopifolius). Cette dernière espèce n’est pas si commune en Cévennes et peut être considérée comme indicatrice de milieu de pelouse rocheuse (en versant froid) peu modifiée par l’homme, s’ajoute également une fétuque discrète typique de cette écologie et endémique du Massif Central : Festuca yvesii subsp bellotii, de la taille et de la morphologie de la fétuque d’Auvergne mais entièrement verte.

 

Fougère des montagnes sur éboulis de Maurocou © Emeric Sulmont PNC
Oeillet de Montpellier © Emeric Sulmont PNC
Schistostega pennata ou Or des dragons ou mousse qui brille, de la Brousse au Roc de Maurocou, Pt de Montvert © Jean-Pierre Malafosse PNC

Fougère des montagnes, oeillet de Montpellier et mousse qui brille ou or des dragons

 

En revanche nous ne retrouvons pas la mention ancienne de Cryptogramma crispa du Rocher de Maurocou, une fougère commune dans les éboulis siliceux des Pyrénées et des Alpes et qui est rare à très rare sur les sommets rocheux des Cévennes.

Nous descendons vers le ruisseau de Mallevrière, des zones humides à sphaignes (Sphagnum inundatum, teres et capillifolium entre autres) avec en périphérie des plantations d’épicéas nous semblaient prometteuses, on y trouve : l’Aconit napel de Burnat (Aconitum napellus subsp. burnatii) avec ses poils glanduleux jaunâtres, l’Arnica des montagnes (curieusement rare dans ce secteur), la saxifrage étoilée (Micranthes stellaris), le trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata), la Drosera à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) et le Trèfle jaune doré (Trifolium spadiceum).

 

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Aconit napel de Burnat (Aconitum napellus subsp. burnatii) © Emeric Sulmont PNC

 

En aval, la rive gauche du ruisseau est occupée par des pelouses très riches à Gentiane jaune, Raiponce de France (Phyteuma gallicum), Campanule à feuilles de lin (Campanula recta) et quelques pieds de Trolle d’Europe (Trollius europaeus). Le Genêt des teinturiers (Genista tinctoria) y est aussi présent, un genêt peu commun dans les Cévennes.

 

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Trolle d’Europe (Trollius europaeus) © Emeric Sulmont PNC

 

On notera que la plupart des espèces remarquables ont été découvertes à proximité de zones rocheuses, humides ou boisées, partout ailleurs le paysage est quasi exempt d’arbres et est régulièrement parcouru par des écobuages, ce qui banalise considérablement la flore. La plantation de haies serait un projet tout à fait adapté à ce secteur, à la fois pour limiter l’érosion du sol comme de la biodiversité.

 

J’espère que vous avez apprécié cette petite balade botaniste.

Au Parc, nous sommes convaincus que c’est en transmettant nos observations et nos découvertes que nous pourrons apprécier ensemble l’extraordinaire biodiversité du territoire. Alors surtout, n’oubliez pas, ces trésors sont fragiles et il est de notre responsabilité à tous de les protéger pour qu’ils puissent continuer à nous émerveiller !