Parc national des Cévennes
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Le 21/07/2021
Faune
Dans le cadre des prospections naturalistes réalisées sur le territoire du Parc national des Cévennes, les agents du Parc du groupe chiroptère ("chiro" pour les intimes, "chauves-souris" pour le grand public), en partenariat avec l'ONF, ont procédé début juillet à la recherche de colonies de parturition car cette période correspond au moment où les chauves-souris mettent bas.
 

Une première observation prometteuse

 

Cette année, le suivi a été particulièrement fructueux car les agents ont pu observer une femelle de Murin cryptique, une espèce intéressante même si elle est assez bien représentée dans le Sud de la France, depuis la chaîne pyrénéenne jusqu'à l'Autriche et l'Italie.

 

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Murin cryptique ou Murin de Natterer © Marc Corail - Parc national des Ecrins

 

Dans le Parc, cette chauve-souris fréquente divers milieux : on la retrouve dans des habitats très boisés comme sur les massifs de l’Aigoual et du Mont Lozère mais aussi dans des milieux plus ouverts et plus secs comme ceux du Causse Méjean, néanmoins toujours à proximité de secteurs un minimum arborés.

Après cette première observation, le gîte de Murin cryptique a été localisé dès le lendemain dans un arbre à loge de Pic noir avec au moins une quinzaine d'individus dénombrés !

 

Une grande première pour le territoire du Parc !

Si cette observation a suscité l'enthousiasme des agents, une autre a créé un véritable engouement !

En effet, un mâle de Grande noctule a été observé sur la partie nord de l'Aigoual.  Même s'il existait quelques données acoustiques localement, cette observation constitue une grande première au niveau du territoire du Parc !

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 La Grande Noctule est la plus grande chauve-souris d’Europe occidentale © Jean-Pierre Malafosse - Parc national des Cévennes

 

Suite à cette première observation, il a fallu plusieurs jours à 3 équipes pour retrouver le gîte de cette Grande noctule. Ce gîte a finalement été trouvé dans une loge de Pic noir, dans un Hêtre situé à environ 9 km du premier lieu d'observation. Un comptage en sortie de gîte le soir même n'a pas permis de dénombrer le nombre de Grandes noctules présentes dans cet arbre mais a révélé le présence d'une vingtaine de chauves-souris de petite taille qui n'ont pas encore été identifiées.

Dès le lendemain, de nouvelles prospections ont permis de conclure que seul le Hêtre trouvé héberge des Grandes noctules où logent au moins 5 individus.

De nouvelles prospections des arbres à loge sur ce secteur de l'Aigoual s'imposent donc à l'avenir !

 

Les arbres à loge, un enjeu essentiel pour la préservation des espèces

Les agents du Parc procèdent depuis plusieurs années à un marquage et à une numérotation systématique des arbres à loge afin de les conserver dans le cadre de coupes forestières.

Les deux colonies trouvées cette année étaient dans des arbres déjà marqués.

Ces observations  montrent l'importance du maintien des arbres à loge pour la conservation des espèces de chiroptères forestiers.

La Grande Noctule (Nyctalus lasiopterus)

 

La Grande Noctule est la plus grande chauve-souris d’Europe occidentale. D'une envergure de près de 50 cm, elle a un poids compris entre 33 à 60 g.

 

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Grande Noctule © Popa-Lisseanu AG, Delgado-Huertas A,
Forero MG, Rodríguez A, Arlettaz R, & Ibáñez C

 

C’est une bête puissante avec un museau large et des oreilles courtes et larges à leur base. Arboricole, elle fréquente les massifs forestiers où elle peut trouver de vieux arbres creux lui offrant des gîtes diurnes et de mise-bas pour les femelles reproductrices.

Capable de se déplacer sur de longues distances (plusieurs dizaines de kilomètres) même en période de reproduction, elle semble relativement indifférente à l’altitude.

La Grande Noctule fait partie des rares espèces européennes de chauves-souris (avec notamment le Molosse de Cestoni) dont les cris  peuvent être perçus par l'oreille humaine. Les signaux des autres chauves-souris sont en effet dans le domaine ultrasonore.

Les indices de sa présence dans la région sont assez récents.

Les premiers individus ont été localisés sur les contreforts de l’Aubrac lozérien en 2005 puis une femelle en lactation en 2006. Aucune autre preuve formelle de reproduction n’avait jamais pu être rapportée depuis cette découverte et les rares indices de sa présence sont venus d'écoute de ses cris audibles qui ressemblent à ceux du Molosse de Cestoni, mais émis avec une fréquence moindre.