Parc national des Cévennes
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Le 11/05/2021
La liste commentée des mammifères du Parc national vient de paraître ! Elle dresse un état des lieux des connaissances de l’ensemble des mammifères présents sur le territoire du Parc.

Une étude complexe à réaliser

Contrairement aux idées reçues, les mammifères sont un groupe biologique compliqué à étudier et que l’on connait finalement peu. Les chiroptères, plus communément appelés « chauve-souris » sont par exemple nombreux et difficiles à observer.

 

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A l’heure actuelle, 29 espèces de chiroptères sont recensées sur le territoire du Parc
Ici, le Murin de daubenton © Jean Pierre Malafosse - Parc national des Cévennes

 

La compilation des informations historiques sur les mammifères présents dans le Parc s'est donc révélée, sans surprise, assez compliquée à mettre en forme : les données et la connaissance étaient éparpillées et très disparates selon les ordres. Sa finalisation a donc été une grande satisfaction pour toutes les personnes (et elles sont nombreuses) impliquées dans son élaboration !

Toute l’équipe du Parc est donc fière de vous présenter cette liste qui a pour objectif de dresser un premier état des lieux des connaissances de l'ensemble des espèces de mammifères sauvages contactées sur le territoire du Parc national des Cévennes depuis 1970.

 

80 espèces signalées dont 70 peuvent être considérées comme « bien présentes »

 

Au 31 décembre 2020, 80 espèces de mammifères ont été signalées mais, pour dix d'entre elles, seuls un ou deux contacts, non précisément documentés ni confirmés par la suite, ont été obtenus.

Ainsi, 70 espèces peuvent être considérées comme bien présentes et autochtones sur le territoire du Parc dont 62 en cœur de Parc et 63 en Aire d’Adhésion, sur les 100 espèces terrestres autochtones en France métropolitaine (de Masaryk et al. 2019).

 

Téléchargez la liste commentée :

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Coup de projecteur sur 8 espèces

 

En guise d’introduction à l’étude qui présente les 80 espèces en question, nous avons choisi de mettre en lumière quelques-uns de ces mammifères :

 

  • Le Hérisson d'Europe - Erinaceus europaeus Linnaeus, 1758

Famille: Erinaceidae
-> Aperçu 93 fois entre 2000 et 2020

 

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Le Hérisson d'Europe, une espèce qui semble peu abondante dans le Parc,
sans doute en raison de la couverture forestière étendue © Emilien Herault - PNC

 

Le Hérisson d'Europe est un insectivore aux mœurs nocturnes dont la silhouette, ronde et hérissée de poils transformés en piquants, est bien connue de tous.

Bien répandu en Europe, le milieu bocager, avec des prairies entourées de haies, constitue son habitat de prédilection mais on le rencontre aussi dans des habitats plus arborés ainsi que dans les jardins. Il semble, par contre, éviter les vastes massifs forestiers.

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Etonnant ou remarquable :

Sa présence est notée sur l'ensemble du territoire du Parc national des Cévennes, des plus basses altitudes (275 m dans les basses Cévennes) jusqu'à 1449 m vers Prat Peyrot sur le mont Aigoual. Une altitude remarquable pour cette espèce au niveau régional.

 

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  •  La Pachyure étrusque - Suncus etruscus (Savi, 1822)

Famille: Soricidae
-> Aperçue 3 fois entre 1991 et 2020

 

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La Pachyure étrusque a été observée 3 fois en 2020 près de la zone "coeur" du Parc.
© Gilles Balança

 

Avec son poids moyen d’à peine 2 g, la Pachyure étrusque est notre plus petite musaraigne. Elle se caractérise par de grandes oreilles, un pelage gris-brun sur le dessus et gris pâle dessous et une queue courte et épaisse, d’où son nom de Pachyure : pachy- (« épais ») et -ure (« queue »).

C’est une musaraigne à « dents blanches », inféodée aux friches et pelouses méditerranéennes où elle affectionne les murets de pierres sèches des cultures en terrasse et les tas de cailloux. Son habitat peut être piqueté de buissons ou d’arbres épars mais une bonne exposition, en versant méridional, garantit sa présence.

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Etonnant ou remarquable :

Comme ses consœurs du groupe des musaraignes, elle peut s’engourdir et tomber en léthargie lorsqu’il fait froid et que la nourriture (des invertébrés essentiellement) se raréfie !

 

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  • Le Minioptère de Schreibers - Miniopterus schreibersii (Kuhl, 1817)

Famille: Miniopteridae
-> Aperçu 57 fois entre 1958 et 2019

 

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Le Minioptère, actuellement en régression nationale, semble encore abondant dans
quelques sites en Basses Cévennes © Gaël Karczewski - Parc national des Cévennes

 

Chiroptère de taille moyenne (AB : 45-50 mm ; Poids : 9-18 g), le Minioptère de Schreibers se caractérise par une morphologie particulière de sa tête : le front très bombé et le museau court, encadrés par deux petites oreilles, permettent une identification aisée.

Seul représentant d’un genre tropical, cette espèce montre une distribution très méditerranéenne. Sur le territoire du Parc national des Cévennes, on ne rencontre le Minioptère de Schreibers que dans les secteurs méridionaux de basse altitude (inférieure à 600 m), soumis à des conditions et ambiances climatiques chaudes. Néanmoins, de rares contacts montrent que le Minioptère vient chasser en fin d'été dans les hautes vallées de l'Aigoual.

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Etonnant ou remarquable :

Ce Minioptère est très mobile ! Il est connu pour effectuer des déplacements de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de kilomètres, voire de véritables migrations dans certains secteurs de son aire de répartition.

 

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  • La Martre des pins - Martes martes (Linnaeus, 1758)

Famille: Mustelidae
-> Aperçue 100 fois entre 1981 et 2020
 

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Martre des pins aperçu à Balsièges en juin 2004
© Jean Pierre Malafosse - Parc national des Cévennes

 

La Martre des pins est de taille moyenne, 40 à 50 cm de longueur « tête + corps » pour un poids d'1 à 2 kg.

Très discrète et très agile, la Martre des pins vit dans des habitats forestiers plus ou moins denses : forêts de conifères ou forêts mixtes de feuillus et conifères mais aussi boisements plus lâches et clairsemés.

Bien présente sur les massifs de l’Aigoual, du Bougès et du mont Lozère, elle fréquente aussi les falaises et autres lieux rocheux découverts des gorges du Tarn. Elle semble néanmoins absente des habitats très ouverts des Causses.

Très arboricole, la Martre s’abrite et gîte dans les arbres creux, sous les racines et dans les souches évidées, les vieux nids d’Écureuil, les loges de Pic noir et les crevasses de rochers.

La Martre est surtout crépusculaire et nocturne même si quelques observations diurnes sont rapportées. Si son régime alimentaire est principalement carné (campagnols, mulots, oiseaux, invertébrés…), elle adopte, à l’occasion, un régime frugivore en périodes estivales ou automnales.
 

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  Etonnant ou remarquable:

Elle est capable de parcourir jusqu'à 30 km en une seule nuit !

 

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  • Le Blaireau européen - Meles meles (Linnaeus, 1758)

Famille: Mustelidae
-> Aperçu 335 fois entre 1980 et 2020
 

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Le blaireau européen est l’un des mustélidés les plus communs localement
© Jean Pierre Malafosse - Parc national des Cévennes

 

Le Blaireau européen, avec un poids moyen de 10 à 15 kg, est notre plus gros mustélidé (famille des belettes, loutres, putois etc.). Sa silhouette massive et sa tête rayée de noir et blanc le rendent aisément reconnaissable. Ses pattes robustes, terminées par de longues griffes lui servent à creuser ses terriers. 

Le Blaireau est omnivore et se nourrit aussi bien de fruits et d'invertébrés que de petits mammifères, voire même de charogne mais les vers de terre constituent sans doute aussi une grande part de son alimentation.

Il est noté toute l'année sur l'ensemble du territoire du Parc national des Cévennes, depuis les altitudes les plus basses, en Cévennes, jusqu'à plus de 1500 m sur le massif de l'Aigoual. 

Essentiellement nocturne, le Blaireau est un animal plutôt discret mais il est souvent observé au bord des routes dont il emprunte volontiers les talus, ce qui occasionne ainsi une mortalité routière non négligeable.

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  Etonnant ou remarquable :
Ses empreintes de pieds et de mains évoquent celles d'un ours en miniature. Cet animal pataud, en apparence, surprend lorsqu’on le voit trotter, grimper ou même galoper avec aisance et agilité !

 

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  • La Genette commune - Genetta genetta (Linnaeus, 1758)

Famille: Viverridae
-> Aperçue 227 fois entre 1983 et 2020
 

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La Genette est parfois confondue avec le Raton-laveur à cause de cette queue barrée
de noir et de gris   © FOTO-ARDEIDAS, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

 

Carnivore de taille moyenne (1,5 à 2 kg), la morphologie de la Genette est originale : svelte comme un chat, tachetée comme un félin mais au museau pointu comme un Renard et avec une queue annelée de Raton-laveur.

Elle est rarement observée. Strictement nocturne, elle reste sans doute très prudente et discrète car l’utilisation récente des pièges-photos montre qu’elle est plus présente qu’il n'y paraît. Principaux indices de sa présence : ses « crottiers » caractéristiques puisque la Genette a l’habitude de déposer ses fèces sur des affleurements rocheux d’où elle semble avoir une vue dominante sur une partie de son territoire.

Elle se nourrit principalement de Mulot sylvestre mais également de Loir et de Campagnol roussâtre ou encore d'invertébrés. La Genette complète son régime avec quelques baies et fruits (cerises, mûres, figues) prouvant à l’occasion qu'elle est aussi volontiers frugivore.

Dans le Parc national des Cévennes, la plupart des données d'observation se concentrent sur le piémont des Cévennes et les Vallées Cévenoles dans des habitats très forestiers : les gros châtaigniers creux, les crêtes et arrêtes rocheuses de schiste et les nombreux escarpements en bordure de cours d'eau lui offrent des territoires de choix. Elle est également bien notée dans les gorges du Tarn pour les mêmes raisons, un milieu idéal mêlant forêts et milieux rocheux.

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  Etonnant ou remarquable :

La présence de la Genette dans le Sud-Ouest de l'Europe serait due à des introductions volontaires par les Maures lors de la colonisation de l'Espagne. Les Arabes avaient en effet domestiqué ce petit carnivore pour lutter contre les rongeurs dans les cultures et les habitations.

 

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  • Le Mouflon d'Arménie Ovis gmelini Blyth, 1841 et le Mouflon méditerranéen Ovis gmelini musimon x Ovis sp.

Famille: Bovidae
-> Aperçu 169 fois entre 1996 et 2020

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Ses cornes épaisses s’enroulent à partir de l’âge de trois ans et peuvent atteindre
presqu'un mètre de long avec l'âge © Régis Descamps - Parc national des Cévennes

 

On considère aujourd'hui que les mouflons continentaux, d'origines diverses et sans doute, ici ou là, recroisés avec des races de moutons domestiques, se réfèrent au Mouflon méditerranéen, une forme relativement stabilisée au plan morphologique : entre 65 et 75 cm de hauteur au garrot et entre 25 et 50 kg pour le poids, les femelles étant plus petites que les mâles.

Le Mouflon affectionne les vastes espaces ouverts au sol dur et sec, couverts d’une végétation herbacée ou arbustive, ne craignant ni les dénivelés ni les escarpements rocheux où il se sent en sécurité pour son repos diurne. Il fréquente aussi les boisements de feuillus clairs dans les pentes bien exposées.

Aujourd’hui, dans le Parc national des Cévennes, trois populations sont bien implantées : l'une sur le versant oriental du mont Aigoual, une autre, plus petite, localisée sur le versant Sud du mont Mars et enfin une troisième, très dispersée dans les Gorges du Tarn, sur les versants des Causses Méjean et Sauveterre.

 

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   Etonnant ou remarquable

L'histoire du Mouflon sur le territoire du Parc national des Cévennes est sans doute complexe ! Les premières introductions datent de 1954 avec des animaux de souche pure « corse » puisqu'une des finalités de ces implantations continentales était la sauvegarde de la souche insulaire corse. Mais il est probable que par la suite, d'autres lignées génétiques aient été mélangées aux premières populations introduites, avec notamment certains animaux issus de la souche sarde.

 

♦ ♦ ♦

 

  • Le Castor d'Eurasie - Castor fiber Linnaeus, 1758

Famille: Castoridae
-> Aperçu 830 fois entre 1981 et 2020

 

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Le Castor est le plus gros rongeur d'Europe
© Régis Descamps - Parc national des Cévennes

 

Le Castor affectionne les rivières lentes avec des berges offrant une alternance de plages de galets et de végétation rivulaire dense.

Anciennement présent, sans doute partout sur le territoire du Parc national des Cévennes, le Castor a régressé jusqu’à disparaître au début du XXème siècle. Cependant, l'espèce réapparaît spontanément en Cévennes dans les années 1960, sans doute à partir de noyaux de populations ayant subsisté dans le delta du Rhône et peut-être sur quelques gardons cévenols. Par contre, sur le bassin du Tarn, l'espèce a fait l’objet d’une réintroduction qui a débuté en 1977, tout d'abord à partir d'un groupe de 17 individus prélevés dans les gardons. Puis des lâchers eurent lieu, localement, jusque dans les années 1980 et, jusqu'en 1988 sur la Dourbie. Depuis, l’espèce a réinvesti assez rapidement l’ensemble du bassin du Tarn et ses affluents.

Des indices de présence ont été relevés jusqu’à 900 m d’altitude, sur le Tarn au-dessus du Pont-de-Montvert et des traces de passage sur la Can de l'Hospitalet (commune du Pompidou), ainsi que quelques individus retrouvés écrasés sur les routes, prouvent que le Castor, strictement inféodé aux cours d'eau, est malgré tout capable de déplacements d'un bassin-versant à l'autre.

Bien qu’il ne soit pas rare de le contacter en pleine journée, la plupart des observations ont lieu au crépuscule où des juvéniles sont parfois observés aux abords des huttes ou des terriers. Le Castor laisse aussi de nombreux indices, bien visibles, qui trahissent sa présence : arbres rongés, branches coupées et écorcées, amas de branches des terriers-huttes, traces dans la vase et sur les plages de sable et, sporadiquement, sur les Gardons, des barrages faits de branchages.

 

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   Etonnant ou remarquable

Sur le versant atlantique, le Castor semble peu enclin à construire alors qu'au pied des Cévennes, cet animal entame fréquemment des constructions, notamment en fin d'été, lorsque les niveaux d'étiages devenant critiques, le Castor cherche à retenir l'eau. De même, il construit volontiers au départ des canaux d'irrigation pour tenter de colmater ce qu'il interprète sans doute comme une fuite d'eau. Certains béals sont même parfois entrecoupés de barrages qui fonctionnent comme de véritables écluses !