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Les éleveurs face à la prédation

Faune

 

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Cistole a réalisé un diagnostic de vulnérabilité sur le groupement pastoral de l'Aubaret © N.Maltaverne - PNC

 

Entre 2021 et 2024, le nombre d’attaques de loups sur les troupeaux a augmenté sur le territoire du Parc. Les éleveurs et éleveuses sont contraints de renforcer leurs moyens de protection.

 


Sur l’ensemble des communes du Parc, les directions départementales des territoires (DDT) de la Lozère et du Gard ont validé 19 constats « Loup non écarté » en 2021 (56 victimes), 25 en 2022 (95), 40 en 2023 (111), 70 en 2024 (230) et 48 en date du 5 novembre 2025 (179). Si jusqu’en 2023, les attaques étaient concentrées principalement sur le mont Lozère, l’année suivante la prédation s’est généralisée à l’ensemble du territoire du Parc, attestant de l’installation pérenne du loup sur le territoire. Depuis 2024, les troupeaux des causses sont les plus impactés par la prédation.

En cœur de Parc, on compte environ 340 élevages agropastoraux dont 280 en ovins et caprins. Par ailleurs, chaque année, 20 000 ovins transhument sur les estives du territoire du Parc. Dans un contexte d’accentuation de la prédation, les éleveurs peuvent se retrouver démunis face à la contrainte d’adapter leurs pratiques pastorales. Cyril Prévent, éleveur-berger, connaît bien cette situation. Transhumant depuis son plus jeune âge avec ses parents dans les plaines de Côte-d’Or, dans le Jura et les alpages de Haute-Savoie, il conduit aujourd’hui un troupeau de 350 brebis protégées par une dizaine de chiens de protection. « Dans les Alpes, les éleveurs sont confrontés au loup depuis une trentaine d’années. Par obligation, ils ont dû changer radicalement leur pratique pastorale pour pouvoir survivre et ils ont acquis un savoir-faire en la matière. Nous n’avons donc pas d’autre choix que de mettre en place des moyens de protection, et cela demande une charge de travail supplémentaire importante ».

 

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Les patous sont de plus en plus présents au sein des troupeaux © P.Moulin - PNC

 

 

Une protection renforcée

 

Victime lui-même d’attaques sur son troupeau, il a recherché des solutions qu’il partage avec ses homologues. En 2021, il a fondé l’entreprise Cistole, (agréée par l’État), pour réaliser des diagnostics de vulnérabilité des troupeaux à la prédation et apporter des conseils aux éleveurs dans le but d’améliorer leur dispositif de protection. L’année dernière, deux diagnostics ont été réalisés au sein des deux exploitations du territoire du Parc les plus touchées les années précédentes. 

Les conditions favorisant la prédation sont diverses, elles dépendent du nombre de loups présents dans la zone, de la structuration de la meute, du milieu naturel, des pratiques pastorales de l’éleveur et des moyens de protection mis en place. « Tous ces paramètres font évoluer la vulnérabilité des élevages ». Les conseils délivrés par Cistole portent sur le renforcement de la présence humaine pour garder le troupeau, l’augmentation progressive du nombre de chiens de protection, la sécurisation de certains parcs et l’intégration d’outils de surveillance (piège vidéo, collier GPS sur les brebis) dans le schéma de protection. « En Cévennes, de nombreux parcours en estive se situent en milieu fermé, ce qui ne permet pas une surveillance optimale et la cohésion du troupeau ». Pour les bergers en estive, la mise en place de parcs clôturés, pour la nuit et la chaume, est préconisée. Le recours aux chiens de protection apparaît comme « l’outil le plus efficace face au loup ». Leur éducation demande un investissement en temps conséquent. Pour les accompagner, du choix à la mise en place du chien dans le troupeau, les bergers peuvent trouver un appui technique auprès de l’Institut de l’Élevage (Idele). De plus en plus présents au sein des troupeaux, ces chiens doivent aussi partager leur espace d’intervention avec les activités touristiques, ce qui est un enjeu de taille. Pour favoriser cette cohabitation, de nombreux acteurs sensibilisent le public à la présence des patous : communication multisupport sur les bons comportements à adopter, cartes interactives sur leur localisation, emploi de saisonniers…

En cas d’attaques répétées sur son troupeau, malgré la mise en place de moyens de protection, un éleveur peut également avoir recours aux tirs de défense, sur autorisation préfectorale, pour protéger son cheptel. Le Parc national des Cévennes est le seul parc national où le tir de défense simple est autorisé en zone cœur. En 2025, 37 éleveurs ou bergers en ont disposé dont 34 en Lozère. La réglementation sur les tirs devrait être assouplie en 2026, en réponse au changement de statut de protection du loup.

 

 

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Cet article est extrait du dernier numéro du magazine du Parc de serres en valats. Son Grand angle s'intéresse à la situation du loup dans le Parc national.

Vous pouvez le télécharger en cliquant ICI