Une étude menée à l’automne dernier par des étudiants du Master Man and Biosphere de l’Université de Toulouse, à la demande du Parc national, met en lumière les représentations sociales des paysages du territoire.
À travers une analyse cartographique de l’occupation des sols et 62 entretiens menés auprès d’acteurs locaux – agriculteurs, élus, forestiers, acteurs touristiques, associatifs et institutionnels – l’étude révèle une perception largement partagée. En effet, selon 95 % des personnes interrogées, les paysages cévenols sont en profonde mutation. Pour 52 % d’entre elles, la transformation la plus marquante est la “fermeture” des milieux, liée à l’avancée de la forêt et à la régression progressive des espaces ouverts : terrasses cultivées, vergers et prairies.
Des évolutions multi-factorielles
Les entretiens mettent en évidence plusieurs causes à ces transformations paysagères : les changements de pratiques agricoles (elles-mêmes influencées par les politiques agricoles), l’exode rural, le défaut d’entretien, les évolutions architecturales et des techniques constructives, la prolifération de la faune sauvage ou l’impact du changement climatique.
Ces transformations sont perçues avec une forte charge émotionnelle. Les ressentis négatifs représentent 38 % des réponses et traduisent le sentiment de perte d’un paysage façonné depuis des millénaires. Pour 41 % des personnes interrogées, les sentiments sont plus ambivalents. Beaucoup expriment une forme de fatalisme face à une évolution perçue comme inévitable : la nature reprend sa place, mais au prix de l’effacement progressif d’une histoire humaine. Cette divergence illustre la tension entre deux visions du paysage : une approche écologique valorisant le retour du sauvage et une approche culturelle pour laquelle le paysage est avant tout un patrimoine façonné par l’humain.
Le changement climatique
Le changement climatique apparaît comme un facteur déterminant pour l’avenir des paysages cévenols. Les acteurs interrogés évoquent plusieurs évolutions possibles. Près de 23 % d’entre eux anticipent l’arrivée de nouvelles essences végétales plus méditerranéennes. 19 % évoquent la raréfaction de l’eau, tandis que 16 % envisagent un déplacement des espèces actuellement présentes vers des altitudes plus élevées. La crainte la plus forte concerne les incendies : 38 % des acteurs interrogés redoutent leur multiplication et leur intensification, alimentées par la progression de la végétation et l’augmentation des périodes de sécheresse.
Pour un territoire vivant et équilibré
Malgré ces inquiétudes, l’exercice prospectif mené lors de l’étude fait émerger un socle commun : l’attachement profond des acteurs au territoire. La préservation de la biodiversité apparaît comme une priorité majeure, citée dans plus de 30 % des entretiens. Mais les acteurs insistent également sur la nécessité de maintenir une présence humaine active. 28 % évoquent l’accueil de nouveaux habitants et 26 % le développement d’activités économiques capables de faire vivre le territoire.
« L’enjeu pour le Parc n’est pas seulement de préserver des paysages, mais d’accompagner les acteurs locaux à reprendre confiance dans l’avenir de leur territoire. Cela implique de concilier la mémoire des savoir-faire traditionnels avec les innovations nécessaires pour faire face aux défis climatiques et socio-économiques », note le rapport. Cette étude donne des pistes pour la mise en œuvre de la charte du territoire.
Selon Guy Alexandre, chef du service développement durable au Parc national, « ces travaux, qui développent une analyse sensible des paysages du Parc et de leurs évolutions, seront utilisés pour élaborer des supports d’animations et de sensibilisation, alimenteront des débats au sein de certaines instances du Parc et ouvrent des perspectives pour des actions de valorisation ».
Cet article est extrait du dernier numéro du magazine du Parc de serres en valats. Son Grand angle est consacré au pastoralisme dans le Parc national.
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