Le Parc national présente une grande diversité de milieux naturels issus de facteurs multiples : différences d’altitude, de géologie et d’influences climatiques qui se conjuguent avec les activités humaines depuis des millénaires. Il en résulte des milieux abritant une biodiversité exceptionnelle et des paysages en constante évolution.
Les grands espaces ouverts des causses ainsi que les sommets de l’Aigoual et du mont Lozère portent l’empreinte de trois millénaires de pratiques pastorales. Créé aux dépens de la couverture boisée, ce témoignage constitue une caractéristique originale des grands paysages du Parc national. Entre 1300 et 1700 mètres d’altitude, les pelouses sommitales se caractérisent par une végétation basse et buissonnante issue de la dernière glaciation. Elles se composent de nardaies, de callunaies, de myrtillaies et de landes à genêts. Ce paysage se maintient en raison de la pauvreté des sols, de la dureté du climat et de la pression pastorale.
Les pelouses steppiques des Causses sont quant à elles l’héritage d’une très ancienne utilisation par l’homme. Les défrichements ont éliminé les chênaies naturelles et freiné l’expansion du hêtre. Le pâturage structure la végétation : les brebis recherchent les espèces les plus appétantes comme la Fétuque ovine, le Trèfle jaune ou le Brome érigé. Elles délaissent les espèces emblématiques comme l’Adonis printanier, toxique, ou les plantes piquantes comme le Panicaut champêtre, la Carline ou la Stipe pennée.
Une biodiversité remarquable
Cette relation étroite se retrouve dans la distribution des différentes espèces animales : les vautours, rapaces nécrophages, jouent un rôle d’équarrisseurs naturels utiles aux éleveurs. Plus largement, la conduite des troupeaux est essentielle au maintien des espaces ouverts et des espèces inféodées, toute modification des pratiques pouvant entraîner des changements écologiques. La présence de zones cultivées sur les causses, notamment dans les dolines, contribue aussi à la conservation de l’avifaune, notamment du Bruant proyer, du Pipit rousseline, de la Pie-grièche méridionale, du Crave à bec rouge ou de la Caille des blés.
En l’absence d’eau en surface, les lavognes représentent des milieux d’exception. Elles accueillent des espèces rares et/ou protégées : Pélodyte ponctué, Crapaud calamite, Crapaud accoucheur, Agrion jouvencelle... Autrefois, les éleveurs épierraient les terres pour créer de nouvelles parcelles à cultiver. Les pierres étaient regroupées en tas, appelés clapas. Ils constituent un habitat pour la Chouette d’Athéna, mais aussi pour de nombreux passereaux (Traquet motteux, Huppe fasciée) ou des reptiles : Lézard des murailles, Vipère aspic…
Les landes à Callune et à Bruyère s’étendent en altitude, sur les sols siliceux granitiques ou schisteux (Bougès et mont Lozère). Plantes recouvrantes, elles sont très adaptées aux sols peu fertiles. Ces landes sont façonnées et entretenues depuis des siècles par l’homme et ses troupeaux. D’intérêt pour l’apiculture, elles abritent des espèces remarquables comme le Busard cendré ou le Busard Saint-Martin, ainsi que des reptiles tels que la Vipère péliade et le Lézard vivipare. Le maintien des habitats peu productifs repose sur des pratiques agricoles extensives et des troupeaux à faibles besoins, peu rentables économiquement, ce qui justifie la mise en place de mesures agri-environnementales.
Maintenir les milieux ouverts
Sous l’effet de la Politique agricole commune, l’intensification de l’élevage a modifié les pratiques et réduit l’efficacité du pâturage dans le contrôle des ligneux. Malgré un nombre de troupeaux et des surfaces d’exploitation relativement stables, certaines secteurs se ferment. Cela s’explique principalement par l’évolution des pratiques pastorales (intensification du pâturage à proximité des bâtiments au détriment des parcours les plus éloignés).
Le recours à la mécanisation (coupe, gyrobroyage) est aujourd’hui nécessaire pour limiter cette dynamique, mais son coût élevé en restreint l’usage à des actions ponctuelles, complémentaires du pastoralisme. Le maintien durable des paysages ouverts suppose donc de valoriser davantage les parcours pour l’alimentation des troupeaux.
Au final, ces paysages sont le produit d’une construction lente et complexe, issue d’interactions entre facteurs naturels, pratiques agro-pastorales, contextes historiques, économiques et sociaux, et dynamiques écologiques.
Cet article est extrait du dernier numéro du magazine du Parc de serres en valats. Son Grand angle est consacré au pastoralisme dans le Parc national.
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