Parc national des Cévennes
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Le 14/12/2020

 

Le Tarn en crue à Sainte Enimie, le 23 novembre 2019 © Yannick Manche PNC
Le Tarn en crue à Sainte Enimie, le 23 novembre 2019 © Yannick Manche PNC
Une étude réalisée sur l’ensemble de l’arc méditerranéen a montré une augmentation de la fréquence des épisodes cévenols. Leur intensité aurait progressé de 22% depuis les années 1960.

Le 19 septembre 2020, un épisode cévenol a frappé violemment le Gard. A Val d'Aigoual, pourtant habitué aux pluies diluviennes automnales et aux crues fréquentes de l’Hérault (2011, 2006, 1994, 1958, 1900), personne ne s’attendait à ce que, en moyenne, 725 mm d’eau s’abattent sur la commune.

«Lors de cet épisode, les orages sont restés stationnés durant 10 heures sur la vallée des Salles.Un habitant a relevé 900 mm dans le secteur du Valdeyron », raconte Joël Gautier, maire de Val d’Aigoual depuis mai 2020.

Un relevé proche de la crue historique des 28 et 29 septembre 1900950 mm étaient tombés en 10 heures. Cet épisode d’une rare violence a provoqué des crues éclair de l’Hérault qui traverse d’ouest en est la commune et celle de son principal affluent, le Clarou. Deux personnes ont perdu la vie.

Un mois après, le maire dresse le bilan. « Le montant des dégâts pour la voirie et les murs de soutènement s’élève à 2 millions d’euros sans compter les ouvrages d’art et les 11 ponts endommagés. 30 % des terres agricoles ont été emportées, ce qui est très dur pour l’économie locale et en particulier pour les producteurs d’oignons doux ». Avant l’arrivée de l’hiver, la commune doit répondre à certaines urgences. « Une partie des réseaux d’eau est à l’air libre, nous devons absolument les mettre hors gel ».

 

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L'épisode cévenol du 19 septembre 2020 a lourdement frappé Val d'Aigoual © Vincent Lhermet

 

Manque d’entretien 

Le risque d’inondation sur la commune de Val d’Aigoual est provoqué d’une part par les débordements torrentiels et d’autre part par des phénomènes de ruissellement. Des constructions anciennes installées sur des propriétés privées sont censées prévenir les risques : les terrasses et les canaux .

«Faute d’entretien, beaucoup de murs en pierre sèche qui retiennent la terre et brisent le courant se sont effondrés. Il en est de même pour les canaux qui permettaient de rejeter les eaux pluviales dans la rivière. Ils ne sont plus entretenus. Les ouvrages sont insuffisants pour faire face».

A la sortie du village, les anciens avaient construit un canal de 3m de large et de profondeur. «Lorsque nous l’avons ouvert après la crue nous avons constaté qu’une dalle avait été coulée. Elle obstruait l’ouvrage aux deux tiers»...

L’édile pointe également du doigt la loi sur l’eau. « Elle n’est pas adaptée à nos territoires. On nous interdit de couper les arbres sur les berges et de prélever les galets pour la construction. Un arbre de10 à 20 cm de diamètre retient les berges aussi bien qu’un arbre de 80 cm de diamètre qui lorsqu’il est emporté par le courant peut occasionner d’énormes dégâts sur un pont ».

Le prélèvement des galets est en effet interdit, en revanche selon la réglementation, l’entretien des berges est à la charge du propriétaire riverain. Pour intervenir dans le lit de la rivière, un plan pluriannuel de gestion est nécessaire.

Depuis 2015, la commune dispose d’un Plan de Prévention des Risques Inondations (PPRI). Ce plan, intégré au Plan Local d’Urbanisme (PLU), délimite les différentes zones réglementées en fonction de l’emprise calculée des phénomènes dangereux du site. En ce sens, les zones proches des cours d’eaux sont interdites à la construction.

Pour l’élaboration du PPRI, la crue historique de 1900 a été prise pour référence. A cette époque, les pentes de l’Aigoual étaient quasiment vierges de forêt en raison du déboisement et de la pression du pâturage. L’augmentation de la surface forestière suite à plusieurs opérations de reboisement pour aboutir à une forêt de plus de 16 000 hectares a sans doute permis de réduire la vulnérabilité aux inondations,  mais face à des événements pluvieux aussi violents son rôle semble limité.

 

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Val d'Aigoual après l'épisode cévenol du 19 septembre 2020 © Droits réservés

 

Source : De serres en valats - n° 49 - Décembre 2020 - Dossier changement climatique, quel sera le visage du Parc en 2070 ? 

Cet article est extrait du nouveau numéro du magazine du Parc De serres en valats.
Numéro exceptionnel dédié aux 50 ans du Parc, il sera dans les boites aux lettres des habitants du Parc national des Cévennes à partir du 14 décembre.
Il comporte un dossier spécial sur le changement climatique, et son impact sur la biodiversité, la ressource en eau, l'agriculture, la forêt : entre chiffres clé, observation, constat et actions menées, des témoins proposent des pistes d'adaptation pour imaginer l'avenir de notre territoire.

Ce dossier spécial s'adosse sur l'étude d'impact du changement climatique dans le Parc national des Cévennes commandé et financé par l'établissement public du PNC, et réalisé par le GREC-SUD et le RECO (Réseau d'expertise sur les changements climatiques en Occitanie).

Vous retrouverez aussi dans le n° 49 du  magazine toutes vos rubriques habituelles et un focus sur les festivités et la célébration des 50 ans du Parc.