Parc national des Cévennes
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Le 12/05/2022
Le printemps est là et les chenilles aussi... © Olivier Prohin - Parc national des Cévennes

Chaque année, le printemps amène son lot de douceurs mais aussi quelques désagréments, comme la descente des chenilles processionnaires du pin.

 

La processionnaire du pin est un lépidoptère que l’on connaît plus pour ses chenilles que pour son imago (forme adulte de l’insecte, le papillon). En effet, le terme "processionnaire du pin" désigne surtout les larves, que l’on rencontre parfois en véritable « procession », traversant notre jardin ou un chemin de randonnée. 

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Adultes mâles © Jeffdelonge - Wikimedia Commons

Ces insectes vivent en colonie de plusieurs centaines d’individus dans des grosses boules blanches en soie caractéristiques (appelées également « nid d’hiver » ou « bourse »*voir notre zoom en fin d'article), souvent placées sur les cimes des arbres. 

Les processions peuvent être « de famine » dans l’hiver, pour chercher un autre arbre riche en aiguilles vertes mais elles sont la plupart du temps printanières et ont pour objet la recherche d’un sol sableux et drainant. En effet, pour se transformer en papillon, elles s’enterrent dans le sol et forment une chrysalide.

 

 

Elles sont alors capables d’attendre plusieurs mois voire plusieurs années afin que les conditions météorologiques soient optimales pour sortir de terre.  Les papillons éclosent durant l’été et vivent quelques jours, période durant laquelle ils vont se reproduire et ainsi entamer un nouveau cycle.

 

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Une procession © Lamiot - Wikimedia Commons

 

Une menace pour les arbres

Les chenilles processionnaires font parties des rares êtres vivants qui se nourrissent d’aiguilles de pin. Elles affectionnent le Pin noir d'Autriche, le Pin laricio, et le Pin maritime. On peut également les rencontrer sur le Pin sylvestre, le Pin d'Alep, et plus rarement sur les Cèdres, Douglas et Mélèzes

Leur présence peut occasionner un affaiblissement important des arbres (une colonie utilise entre 1,5 et 2 kg d’aiguilles et il suffit de 4 ou 5 colonies pour mettre entièrement à nu un pin de 20 ans !) et les rendre vulnérables à d’autres ravageurs : maladies, mais aussi aux parasites tels que les Scolytes ou encore les Bostryches (coléoptères).

Plusieurs défoliations (perte des aiguilles) par les processionnaires, cumulées à d’éventuelles sécheresses successives peuvent achever des pins qui ont poussé dans des situations difficiles (par exemple sur un sol superficiel ou sur une croupe de rocher).

 

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Nombreux nids de Processionnaires du pin © Bruno Daversin - Parc national des Cévennes

 

Un danger potentiel pour l’homme et les animaux de compagnie

Les poils des chenilles processionnaires sont en réalité de petits harpons de 0,2mm qui, lorsqu’ils se brisent, libèrent une protéine irritante : la thaumetopoéine. Cette molécule peut causer de graves allergies, des blessures oculaires ou encore des troubles respiratoires chez certaines personnes. Les animaux domestiques, et en particulier les chiens et les chevaux sont également particulièrement exposés.

Lorsqu’elles se sentent menacées, les chenilles éjectent ces poils qui sont alors facilement dispersés par le vent et les courants ambiants. Selon les conditions et le moment de la journée, la dispersion peut aller jusqu’à 12 km ! De plus, leur persistance dans l’environnement et dans les bourses conduit à des expositions bien après les périodes de procession. Tant que les nids n’ont pas été désagrégés, ouverts et lavés par les pluies après être tombés, le risque est toujours présent.

Ainsi, même en l’absence de contact proche avec les chenilles, il existe un risque d’être atteint par leurs propriétés urticantes.

 

 

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Gros plan sur une chenille © Salvatore Ingala - Wikimedia Commons

 

Une progression vers le nord de plus en plus rapide…

Cantonnée à l’origine sur le pourtour méditerranéen, la chenille processionnaire du pin est désormais répandue sur une grande partie du territoire français, atteignant même la ville de Paris !

Il faut savoir que les papillons, qui éclosent entre juin et septembre selon le climat, peuvent se déplacer de 3 km pour les femelles et de 25 km pour les mâles !

Deux facteurs ont facilité sa progression vers le nord :

  • d’une part le réchauffement lié au changement climatique (des températures plus hautes, en moyenne, et des hivers moins rigoureux, lui sont favorables. Elle meurt à une exposition longue à -16 °C et a besoin d’une température du nid d’au minimum 9 °C durant le jour).
  • d’autre part, les plantations de pins noirs, notamment le long des autoroutes, ont favorisé ses déplacements.

On estime que, sur les dix dernières années, elle a progressé à un rythme moyen de 4 km/an alors qu’entre 1972 et 1992, cette expansion était de 2,7 km/an.

Quasiment absente du Parc national des Cévennes il y a encore quelques décennies, on la retrouve aujourd’hui partout sur le territoire avec une présence accrue sur les Causses où elle trouve des conditions idéales (notamment un sol sableux et drainant pour s’enfouir).

 

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Progression du front d’expansion de la chenille processionnaire en France entre la période 1969-1979 et l'hiver 2015-2016 © INRA

 

Des solutions de régulation éco-responsable

 

De nombreuses solutions sont possibles pour réduire les risques et endiguer leur progression. Il faut les envisager à court et long termes. En voici quelques-unes écoresponsables :

 

  • Planter une haie de feuillus à la lisière d’une forêt de pins. Les scientifiques s’accordent pour dire que cela permet de constituer une barrière physique pour les papillons en déplacement. Le bouleau est par exemple un répulsif naturel pour les chenilles.

 

  • Poser densément des nichoirs à mésanges et à huppes, qui sont des grandes consommatrices de chenilles. Des nichoirs à chauve-souris peuvent également être intéressants car elles se nourrissent des papillons de processionnaire du pin. Il faut surtout conserver tous les recoins naturels pouvant abriter les nids de ces alliés : cavités dans les branches,  arbres morts, écorces décollées, murets, clapas...

 

  • Piéger les chenilles à l’aide d’éco-pièges. Il s’agit d’une gouttière que l’on place autour d’un arbre qui va intercepter les chenilles lorsqu’elles descendent de ce dernier. Il faut ensuite attendre qu’elles entrent en stade de chrysalide pour procéder à leur incinération dans un brasero fermé (attention aux risques d’incendies) ou les noyer au stade de chenilles. Il est possible de les fabriquer soi-même ou de les acheter en boutique ou en ligne. Cette technique est à réserver pour les arbres isolés, ou pour quelques arbres seulement, dans une zone de forte fréquentation du public (jardin, parking, etc.), mais ne convient pas pour une lutte à grande échelle

 

  • L’échenillage, adapté aux surfaces réduites (parcs et jardins), consiste à enlever et à détruire par exemple à l'aide d’un échenilloir (sécateur fixé au bout d'un long manche) les pontes et les nids. Les nids sont généralement incinérés, en évitant tout contact direct avec les poils urticants des chenilles. Un chalumeau est parfois utilisé pour brûler les nids. Pensez toujours à vous protéger (combinaisons, gants, lunettes et masques) et n’hésitez pas à faire appel à des professionnels spécialisés pour prévenir les risques pour votre santé et les départs de feu.

 

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La huppe fasciée, grande consommatrice de processionnaire du pin © Régis Descamps - Parc national des Cévennes

 

*Zoom sur le Nid d’hiver

Le « nid d’hiver » ou « bourse » dans lequel les chenilles attendent le printemps a des propriétés étonnantes !

Sorte de « radiateur solaire », il est composé d’une double paroi de fil de soie, sans aucun orifice… La chenille se faufile entre les mailles pour y entrer ou en sortir !

Formidable capteur solaire retenant les radiations, il est généralement construit côté Sud ce qui lui permet de maintenir une température supérieure de plusieurs degrés à la température extérieure (jusqu’à 20° de plus). Peut-être des idées pour une future innovation technologique en matière d’isolation ou de chauffage ?

Les larves en sortent la nuit pour aller se nourrir. Chaque chenille tisse un fil de soie qui forme une sorte de ruban, leur permettant de retrouver le nid à leur retour !