Combien d'aiglons ont pris leur envol dans le Parc en 2025 ? Quel petit rapace s'y est reproduit pour la première fois en cœur de Parc ? Le Putois d'Europe reste-t-il aussi insaisissable ? Et pourquoi une couleuvre méditerranéenne passe-t-elle côté Atlantique ?
Retrouvez le détail du travail réalisé par le Service Connaissance et Veille du Territoire (SCVT) du Parc dans le bilan qui vient de paraître !
Parmi les avancées ou observations remarquables réalisées en 2025
L'Élanion blanc se reproduit pour la première fois en cœur de Parc.
Fin août, sur le Causse Méjean, un couple de ce petit rapace gris et blanc est observé en train de s'accoupler, puis d'aménager un nid dans une aubépine où un oiseau s'installe pour couver. La tentative échoue. Le 1er octobre, un second nid est découvert à 1 500 m de là, peut-être occupé par le même couple, avec deux à trois jeunes déjà bien emplumés. Cette seconde tentative échoue elle aussi, pour une cause inconnue (une prédation est possible). Aucun jeune ne s'est donc envolé, mais il s'agit de la première reproduction avérée de l'espèce en cœur de Parc.
Première colonie de Sérotine bicolore avérée en Occitanie.
En recherchant la Grande noctule sur le versant nord du mont Lozère, l'équipe (Parc, ONF et bénévoles) a capturé quatre Sérotines bicolores mâles, ensuite équipées d'émetteurs radio. En suivant ces individus, elle a localisé quatre gîtes. L'un d'eux abritait 41 mâles : c'est la première colonie avérée de cette chauve-souris en Occitanie. La Grande noctule a seulement été entendue en vol. La technique de la « remontée de flux acoustique » a toutefois permis de préciser le secteur de son gîte. Sur l'Aigoual, 10 balises GPS et 4 puces Sigfox ont été posées en septembre sur des Grandes noctules. Elles laissent déjà suspecter des gîtes encore inconnus vers Alès, Castries et Naussac.
La Chevêchette d'Europe tente à nouveau de nicher.
La plus petite chouette d'Europe s'était reproduite pour la première fois de façon avérée en 2024 sur le mont Lozère. En 2025, elle a fait une nouvelle tentative sur un autre territoire du massif. Un naturaliste local a observé un accouplement, puis des coquilles d'œufs ont été retrouvées au pied d'une loge de Pic épeiche. Cette tentative s'est soldée par un échec. Au total, 4 territoires de mâles chanteurs de Chevêchette d'Europe ont été recensés : trois sur le mont Lozère et un sur l'Aigoual, où un couple cantonné sera à surveiller en 2026.
Une couleuvre méditerranéenne passe côté Atlantique.
Le 14 juin 2025, un mâle adulte de Couleuvre de Montpellier a été trouvé écrasé à Cassagnas, vers 700 m d'altitude. Il se trouvait sur le bassin versant atlantique, à plusieurs kilomètres de la ligne de partage des eaux avec la Méditerranée. La même année, un juvénile a été trouvé écrasé au Pont-de-Montvert, lui aussi à plusieurs kilomètres de cette ligne. Un jeune avait déjà été photographié vivant à Cassagnas en 2024, près de la crête. Pour les agents, la colonisation du versant atlantique par ce serpent d'affinité méditerranéenne semble en cours, très probablement à la faveur du changement climatique.
L'Écrevisse à pattes blanches continue de reculer.
Entre 2019 et 2025, les agents du Parc et l'OFB ont prospecté à nouveau, de nuit et à la lampe torche, 188 stations de cours d'eau déjà échantillonnées entre 2008 et 2015. Elles sont situées sur les bassins du Tarn, du Tarnon, de la Mimente, de la Jonte, de l'Altier et du Chassezac. L'Écrevisse à pattes blanches, espèce autochtone, n'y est plus observée que sur 20 stations, contre 37. À l'inverse, l'Écrevisse signal (ou de Californie), espèce exotique, passe de 6 à 29 stations. Ces deux évolutions sont statistiquement « hautement significatives ».
Oiseaux communs : dix ans après, de premières tendances.
Entre 2014 et 2017, les agents avaient réalisé des points d'écoute de 15 minutes, à deux reprises, au centre de 1 097 mailles d'un kilomètre de côté réparties dans tout le cœur du Parc. Depuis 2024, ils refont ces points selon le même protocole. Ils ont comparé les 611 mailles déjà revisitées à dix ans d'intervalle (2014-2015, puis 2024-2025). Premières tendances :
- Le Bouvreuil pivoine n'est plus contacté que sur 31 points contre 116, et le Bruant jaune sur 70 contre 121.
- À l'inverse, la Mésange nonnette passe de 27 à 78 points et le Grimpereau des jardins de 109 à 194.
Ces résultats restent partiels. L'analyse prendra tout son sens en 2027, quand les 1 097 mailles auront été refaites.
Le bilan en quelques chiffres à la volée !
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La production de faînes viables (les fruits du hêtre) mesurée en 2024 sur le massif de l'Aigoual.
En 2025, sans doute en lien avec cette disette, un seul mâle chanteur de Chouette de Tengmalm y a été entendu, et aucune reproduction n'a été constatée. On en compte habituellement une dizaine en moyenne depuis 2000. Le suivi mené avec l'ONF depuis cette date montre que la production de faînes d'une année est fortement corrélée au nombre de mâles chanteurs et de tentatives de reproduction l'année suivante. Les faînes conditionnent en effet en partie l'abondance des mulots et campagnols, dont se nourrit la chouette. Pour préserver les cavités où elle niche, les agents ont déjà repéré et marqué plus de 2 200 arbres à loges, avec une plaquette numérotée et un cercle de peinture jaune.
3
Le nombre d'indices de présence du Putois d'Europe relevés en 2025 sur le territoire du Parc.
Ces indices sont une observation directe le 21 novembre au Mazel (Val-d'Aigoual), une vidéo au piège photographique le 23 juin sur le mont Lozère et un excrément attribué à l'espèce le 9 décembre à Fraissinet-de-Fourques. Une quatrième observation a eu lieu le 26 novembre à Mostuéjouls, en Aveyron, juste à l'extérieur du Parc. Belle revanche : en 2020, le Putois n'était apparu aucune fois en 1 080 jours de piégeage photographique !
10
Le nombre de jeunes Aigles royaux qui ont pris leur envol en 2025.
Les 16 couples présents sur l'aire optimale d'adhésion du Parc ont tous occupé leur territoire, et 10 d'entre eux ont mené un aiglon à l'envol. Avec 0,63 jeune par couple, 2025 est une très bonne année. Sur les vingt dernières années, la moyenne est de moins de 0,5 jeunes par couple. En 2023, un seul aiglon s'était envolé pour 15 couples suivis. Depuis 2006, seule l'année 2007 avait fait mieux (11 aiglons).
Autre bonne nouvelle : un couple installé depuis 2023 dans les vallées schisteuses des Cévennes a réussi sa première reproduction, dans un ancien nid de Grand corbeau. La femelle et le mâle avaient tous deux été bagués poussins, en 2018 à Altier pour la femelle et en 2020 sur le causse de Blandas pour le mâle.
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Le nombre de couples reproducteurs de Vautour moine dans les Grands Causses en 2025.
C'est le plus haut niveau enregistré depuis 1996. Il faut toutefois noter que deux couples découverts cette année dans les gorges du Tarn nichaient très probablement déjà en 2024. Au moins 20 jeunes ont pris leur envol, et 20 ont été bagués au nid.
37
Le nombre de jeunes Circaètes Jean-le-Blanc à l'envol en 2025 parmi les couples suivis.
Cela représente 0,71 jeune par couple, une très bonne année, nettement au-dessus de la moyenne de 0,54 calculée sur 31 ans. Les 78 sites de reproduction contrôlés étaient tous occupés.
Fait intrigant : depuis 2013, le succès de reproduction des circaètes du Parc est supérieur ou proche de celui d'une population méditerranéenne suivie dans l'Hérault (sauf en 2018). Auparavant, il lui était nettement inférieur. Une hypothèse, encore à tester : lors des étés caniculaires, de plus en plus fréquents, les reptiles, proies du circaète, se cacheraient davantage aux heures chaudes en plaine méditerranéenne. En montagne, où la chaleur est moins extrême, ils resteraient plus accessibles.
38
Le nombre de jeunes Faucons pèlerins qui ont pris leur envol en 2025 : un record depuis le début du suivi, en 1997.
Ce chiffre reflète aussi un effort de suivi croissant : 39 couples ont été contrôlés sur les 46 couples potentiels du Parc. Avec 1,36 jeune par couple suivi, la saison se situe nettement au-dessus de la moyenne des 29 dernières années (0,98). Trois nouveaux couples ont aussi été découverts, dont deux grâce aux échanges réguliers avec des naturalistes partenaires.
43
Le nombre de jeunes Gypaètes barbus lâchés dans les Grands Causses depuis le début de la réintroduction, en 2012.
Trois ont été lâchés en 2025 dans les gorges de la Dourbie, en Aveyron :
- Ushuaia, une femelle venue du zoo d'Helsinki (Finlande) ;
- Ubac, un mâle du zoo d'Ostrava (République tchèque) ;
- Univers, un mâle du centre d'élevage de Guadalentín (Andalousie).
Malade, Univers est mort le 11 juillet d'une infection bactérienne, avant son envol. Fin 2025, 12 gypaètes fréquentaient les Grands Causses, dont trois couples formés. Certains sont de grands voyageurs : Tourmente, lâchée en 2024, a été observée le 23 mai 2025 en Bretagne, puis le 9 août dans les Hautes-Alpes !
55 à 65
Le nombre de couples nicheurs de Pie-grièche méridionale estimé sur les Causses Méjean et de Sauveterre, soit environ 8 % de la population française.
Un programme de baguage porté par la LPO PACA y suit l'espèce depuis 2021, avec les agents du Parc. Depuis le début, 230 oiseaux ont été bagués : 92 adultes et 138 jeunes au nid. La saison 2025 a été très bonne, avec seulement 3 échecs pour 29 couples suivis. Un oiseau bagué poussin l'année précédente a été contrôlé alors qu'il nichait déjà : l'espèce peut donc se reproduire dès l'âge d'un an. Pour la première fois, un piège photographique a aussi identifié un prédateur de pontes : une Fouine.
78
Le nombre de nouvelles mailles d'un kilomètre de côté où l'Antaxie cévenole a été détectée en 2025, soit un quart de toutes les données connues de l'espèce !
Pour trouver cette sauterelle particulièrement discrète, les agents utilisent des détecteurs d'ultrasons lors de circuits routiers nocturnes.
104
Le nombre d'espèces de criquets, sauterelles et grillons connues dans le Parc, soit près de la moitié (47 %) des 220 espèces présentes en France.
Deux espèces jusqu'ici absentes des bases de données du Parc ont été découvertes fin juillet, lors des inventaires des Atlas de la biodiversité communale (ABC) de Cros et de Mialet :
- le Grillon des cistes, petit grillon méditerranéen connu de la plaine gardoise mais pas du piémont cévenol, qui s'est révélé très présent dans la vallée de Cros ;
- l'Aïolope élancée, criquet méditerranéen dont un seul individu a été capturé à Mialet.
En une session de terrain, le nombre d'espèces connues est passé de 20 à 41 à Cros. À Mialet, il est passé de 25 à 46, dont trois espèces trouvées en 2024 lors d'un inventaire participatif.
646
Le nombre de Faucons crécerelle comptés le soir du 27 août 2025 sur les Causses Méjean (410) et de Sauveterre (236).
Cela représente 24 % des 2 683 oiseaux dénombrés le même soir à l'échelle nationale ! Ce comptage simultané a mobilisé une trentaine d'observateurs, dont 11 agents du Parc. Ils étaient postés autour des dortoirs où ces petits faucons se rassemblent à la tombée de la nuit, en fin d'été.
735
Le nombre de jeunes Vautours fauves qui ont pris leur envol en 2025 dans les Grands Causses, 101 de plus qu'en 2024.
La population compte désormais 1 075 couples reproducteurs. Elle continue de croître (+5,6 % en un an), mais nettement moins vite qu'au cours des vingt dernières années (+10,1 % par an en moyenne). Le succès de reproduction baisse aussi depuis 2016 : ce sont peut-être les premiers signes d'une stabilisation de la population.
878
Le nombre de papillons de jour comptés en 2025 sur le site de Montals (Aigoual), suivi dans le cadre du programme national de Suivi temporel des rhopalocères de France (STERF) : un record.
C'est 136 de plus que le précédent record, établi en 2022, et environ le double de la moyenne annuelle. Les papillons d'affinité méditerranéenne y ont été trois fois plus nombreux qu'en 2024, avec des pics qui coïncident avec les épisodes caniculaires de l'été. Cette observation conforte l'hypothèse d'une montée en altitude de ces espèces lors des fortes chaleurs. Elle reste à confirmer : les effectifs concernés sont modestes (une quarantaine d'individus au maximum) et le suivi, lancé en 2017, est encore récent.
1 274
Le nombre de chauves-souris comptées du 20 au 26 janvier 2025 par les agents du Parc dans 43 gîtes d'hibernation (pour l'essentiel des grottes, avens, tunnels et anciennes mines).
Ce comptage s'inscrit dans le dénombrement national coordonné par la SFEPM. Après onze hivers de suivi, l'analyse statistique met en évidence une hausse significative des effectifs, portée notamment par le Grand rhinolophe. La tendance reste à confirmer, car certains gîtes n'ont pas été visités tous les ans. Un tunnel abrite même une colonie de Barbastelles d'Europe (111 individus cet hiver), potentiellement la plus importante d'Occitanie.
Dans les coulisses : environ 75 000 photos pour percer les secrets d'un nid de circaète
Le 28 février, avant le retour des circaètes, Jean-Pierre Malafosse a installé un piège photographique près d'une aire des Vallées cévenoles. Le couple qui l'occupe est fidèle à ce nid : 11 jeunes en 11 ans de suivi. Au fil de la saison, l'appareil a pris environ 75 000 photos, dont l'analyse est encore en cours. Les premiers lots réservent déjà des surprises.
Avant le retour des oiseaux, seul un mulot visite régulièrement le nid.
Le 13 mars, un premier mâle se pose sur l'aire. La femelle arrive le 15, mais les relations du couple restent froides.
Le 25 mars, un second mâle apparaît et remplace le premier sans transition. Le couple se met aussitôt à recharger le nid. Dès le lendemain, le mâle offre une couleuvre à la femelle.
Avant la ponte, une Fouine et une Genette viennent visiter le nid. Après la ponte (nuit du 9 au 10 avril), la femelle se dresse à deux reprises, en pleine nuit puis au petit matin, pour repousser un visiteur, probablement l'un de ces carnivores.
L'éclosion a lieu le 27 mai, après 46 jours d'incubation. Le jeune quitte l'aire le 28 juillet.
Quant au premier mâle, il est revenu furtivement sur l'aire en août puis en septembre : son rôle reste un mystère, à suivre en 2026 ! L'analyse complète sera publiée dans La plume du circaète, le bulletin du groupe national Circaète de la LPO.
Un travail conséquent et instructif
Inventaires, suivis, prospections, cartographie : le travail réalisé par les agents du Parc est riche et concerne de nombreuses espèces. Parmi elles, certaines sont prioritaires car elles sont indicatrices de certains fonctionnements ou changements. Elles sont classées en 6 groupes :
- les plantes à fleurs et les fougères ou flore vasculaire ;
- les papillons de jour ou rhopalocères ;
- les libellules ou odonates ;
- les criquets, sauterelles et grillons ou orthoptères ;
- les vertébrés : oiseaux, rapaces, mammifères, chauves-souris, poissons, reptiles et amphibiens ;
- les coléoptères liés au bois mort et aux déjections animales.
En 2025, les agents ont notamment collecté :
- 12 489 données d'oiseaux, près du double de 2024 ;
- plus de 13 000 observations botaniques, portant sur 1 928 taxons (plantes, mousses, lichens, algues et champignons) ;
- 1 866 données de papillons de jour ;
- 685 données de mammifères ;
- 480 données de reptiles et d'amphibiens ;
- 473 données de libellules ;
- 462 données de criquets, sauterelles et grillons.
La base de données floristique du Parc dépasse désormais 433 000 observations, dont près de la moitié apportées par ses agents.
Derrière ces chiffres se cachent des méthodes parfois insolites.
- Pour détecter la Musaraigne aquatique, les agents disposent des pièges à crottes le long des torrents. Les crottes sont ensuite analysées par génétique : l'espèce est désormais confirmée sur 22 des 50 cours d'eau échantillonnés depuis 2021.
- Pour le Chat forestier, des brosses métalliques et de la racine de valériane, très attractive pour les chats, permettent de récolter des poils pour l'analyse ADN. En 2025, 19 observations de chats « typés forestiers » ont été recueillies, dans l'attente d'une confirmation génétique.
- Les cadavres de Lézards ocellés trouvés sur les routes sont congelés puis échantillonnés. Vingt échantillons partiront en 2026 à la Société herpétologique de France pour une étude génétique des populations françaises.
- L'hiver, les agents suivent aussi les pistes du loup dans la neige, pour le réseau national coordonné par l'OFB. Durant l'hiver 2024-2025, cela a représenté 55 sorties et plus de 420 km parcourus à pied.
- À Vialas, Vincent Carrère, écologue et habitant de la commune, a découvert une nouvelle station de Criquet marcheur, espèce très localisée, à plus de 2 km des stations connues.
- La connaissance de la Diane, papillon protégé, a aussi progressé, notamment grâce à Michel Gaboly, naturaliste rencontré lors d'une sortie ABC à Mialet : 40 données en 2025, contre 20 en 2024. Plusieurs stations de sa plante hôte, l'Aristoloche à feuilles rondes, se trouvent en bord de route. Riverains et services d'entretien des routes ont donc un rôle à jouer pour les préserver.
Téléchargez le bilan synthétique 2025 complet : [lien]
Les (nombreux) partenaires sans qui ce travail n'aurait pas été possible : Logos
Pour aller plus loin :
- La stratégie scientifique du Parc
- La faune du Parc national des Cévennes
- La flore du Parc national des Cévennes
- Les ABC, découvrir ensemble la biodiversité communale
- L'Atlas de la flore et de la faune du Parc : Biodiv'Cévennes
- La série « Bonnes nouvelles pour les chauves-souris »
- Le guide « La protection des rapaces dans le Parc national des Cévennes »
