Parc national des Cévennes
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Le 25/10/2021

Dans le cadre du programme Laubapro, une travail a été conduit sur l'aménagement d'ouvrages en pierre sèche sur 3 cols.

© Alicia Juge - Le carrefour de Jalcreste
Le Parc participe au programme Laupabro qui vise (comme son prédécesseur Laubamac) à développer et consolider les filières artisanales de la pierre sèche et de la lauze à l’échelle du Massif central. 10 partenaires rassemblant des parcs naturels régionaux, une collectivité, l’École des Mines d’Alès et des associations comme les ABPS (Artisans Bâtisseurs en Pierre Sèche) portent des actions en ce sens. Celle portée par le Parc national à pour objectif de promouvoir l’utilisation contemporaine de la pierre sèche dans l’aménagement de l’espace public.

 

L’établissement public a recruté deux stagiaires paysagistes pour mener à bien cette mission. Alicia Juge et Manon Diekmann, toutes deux jeunes diplômées de l’École de la Nature et du Paysage de Blois ont travaillé durant trois mois sur des propositions d’aménagement sur 3 cols : Le Perjuret, Montmirat et Jalcreste. Portes d’entrée du territoire, ces cols ne sont pas mis en valeur.

 

DIAGNOSTIC ET ENJEUX

Le col de Jalcreste culmine à une altitude de 832 m et relie les communes de Florac à Alès. Le col se situe en plein massif cévenol où la roche principale est le schiste. Il permet le passage d’ouest en est de la vallée de la Mimente à celle du Gardon d’Alès. La vallée Longue, est entièrement taillée dans les schistes. Elle offre au col de Jalcreste un profil très élargi et constitue avec les pentes dominantes du Bougès, le site amont de la vallée Longue.

Partant d’un profil assez ouvert entre le col de Jalcreste et Cassagnas, la vallée de la Mimente offre quelques replats en bord de rivière et des coteaux plus étagés à l’adret dans les schistes.

Le col est positionné sur la ligne de partage des eaux entre bassin méditerranéen et atlantique et s'étend sur les communes de Saint-Privat de Vallongue et Saint-André de Lancize.

 

© Alicia Juge et Manon Diekmann - 3 entités paysagères

 

Enjeux de grand paysage

 

Le visage du col change, la forêt prend le pas : les masses forestières sont largement visibles, les résineux sont très présents (Forêt de Fontmort). Les paysages sont alors en constante évolution

suite aux différentes politiques de reboisement et d’exploitation. L’activité pastorale est par ailleurs de moins en moins importante et la route prend de plus en plus de place.

© Alicia Juge et Manon Diekmann

 

La vie sur le col

 

Le col est un espace vivant tout au long de l’année. On trouve quelques éléments qui témoignent d’une installation humaine permanente et qui atteste d’une certaine dynamique sur le col.

On y retrouve 2 restaurants, une ancienne et une nouvelle scierie et 6 logements. La saisonnalité marque aussi un rythme particulier sur le col.

La fréquentation touristique d’avril à mi-novembre amène de nombreux randonneurs, cyclistes, motards et automobilistes à traverser le col. Tout au long de l’année, il est également utilisé par des professionnels des transports ainsi que des forestiers. Le col profite d’activités commerciales qui rend le col dynamique, et qui offre une belle matière à projet.

© Alicia Juge et Manon Diekmann

 

Des vues sur les vallées

 

Les ambiances paysagères sont particulièrement marquées sur le col de Jalcreste. Le versant atlantique et le versant méditerranéen offrent des images différentes de part et d’autre du col. La vallée de la Mimente appartient au versant atlantique. L’horizon y est proche, les peuplement de frênes offrent de la rondeur à la vallée. La vallée Longue appartient au versant méditerranéen. Ici, le regard prend de l’altitude, l’horizon est lointain et se laisse porté par de larges versants. La végétation est plus sèche.

© Alicia Juge et Manon Diekmann - Vue sur la vallée de la Mimente depuis la nouvelle draille

 

Des usages liés aux déplacements

 

Le col est marqué par des flux routiers qui conditionnent la façon dont on appréhende le col. En effet, la RN106 quitte la vallée de la Mimente en longeant le vallon du Rouve pour franchir le col et passer côté vallée Longue. Le réseau croise alors la départementale 984, les pistes forestières du Bougés et de Solpeyran, le GR 7 et la draille du Languedoc. La ligne de bus Florac – Alès emprunte elle aussi la N 106 et marque un arrêt sur le col.

De nombreux camions empruntent cette nationale en direction de la méditerranée et de nombreux véhicules légers ainsi que des motos l’utilisent également. Des randonneurs et des cyclistes utilisent également le col pour passer du versant médierannéen à l’atlantique. Les restaurants génèrent de nombreuses arrivées, du stationnement de véhicules légers et poids lourds. Des troupeaux en transhumance parcourent aussi le col de juin et septembre, mais sont de moins en moins nombreux.

Tous ces flux se rencontrent sur l’espace du col et engendrent une confusion dans la lecture des routes et chemins ainsi que leur utilisation d’autant plus que :

- la sécurité n’y est pas assurée (marquage inexistant ou trop peu suffisant, panneau à l’intention des piétons peu visible, pas d’indication sur la rencontre de différents usagers).

- des objets viennent parasiter la lisibilité des parcours et leurs entrées.

 

© Alicia Juge et Manon Diekmann

 

Des espaces en attente

Le col de Jalcreste comporte des espaces peu ou mal qualifiés. Il s’agit généralement de parkings ou d’espace de stockage. Leurs superficies, leurs emplacements à proximité de la route et des commerces, et les vues qu’ils offrent sur les alentours sont des atouts mobilisables pour un projet.

© Alicia Juge et Manon Diekmann

 

LE PROJET PAYSAGE

Annoncer l’arrivée sur le col de Jalcreste, aider à traverser et à se repérer

 

Comme pour les deux autres cols abordés, la problématique de la vitesse est là aussi très importante. Les voitures et camions circulent vite, la rencontre avec les piétons peut être dangereuse.

Pour palier cela, des bandes d’enrobé seront créées au sol en suivant un rythme progressif. En effet, plus elles seront proches du sommet, plus elles seront disposées de manière serrée afin de donner un effet de vitesse aux automobilistes.

Afin de rendre confortable et sécuriser le déplacement piéton les entrées piétonnes et carrossables seront séparées au niveau de l’entrée de la piste forestière du Bougès.

Enfin, l' une des actions importantes sur le col sera de permettre au passant de se situer dans la grande géographie en retrouvant des aménagements en rapport avec la nature des versants atlantique et méditerranéen.

 

© Alicia Juge et Manon Diekmann

 

Comprendre la grande géographie du site et organiser le stationnement pour favoriser l’arrêt sur le col

 

Le premier objectif de l’aménagement du col était de favoriser la lecture des paysages. Pour cela, un jardin va être aménagé en face du restaurant le Phénix et permettra l’observation de la vallée Longue. En plus d’offrir un espace de détente similaire à celui que l’on trouvait sur le col il y a quelques années, ce jardin est un avantage structurel majeur. En effet, l’arrêt continue des voitures sur l’actuel parking entraine un affaissement du terrain qui peine à être évité malgré un remblaiement régulier. La charge devant être réduite, un jardin de déambulation piétonne pourra alors prendre place et sera maintenu par des murs de soutènement en pierre sèche.

Ce jardin méditerranéen sera composé de deux terrasses. La première formera un balcon, accessible aux PMR, et offrira un premier panorama sur la vallée. Une végétation méditerranéenne basse permettra de l’isoler de la route tout en laissant la vue ouverte depuis le restaurant. La seconde terrasse en contre bas permettra un arrêt prolongé loin de la route. Elle accueillera des essences arborées méditerranéennes. Des tables de pique-nique seront aussi disposées pour les visiteurs. Le parking supprimé sera déplacé à proximité du restaurant et de l’auberge sur  la plateforme de l’ancienne scierie

Des évènements festifs comme de la vente de produits locaux pourront être prévu sur le jardin méditerranéen. La prairie adjacente au parking pourra alors être reconvertie en places de stationnement temporaires. Par la suite, afin de rejoindre le restaurant et l’auberge depuis le parking, deux possibilité s’offre alors aux camionneurs et automobilistes. Un passage en calade sera aménagé le long de la N106 et un autre permettra une découverte des paysages du col depuis un promontoire. Celui-ci sera accompagné d’une table d’orientation qui situera le visiteur et offrira des vues sur les deux vallées. Par ailleurs, deux entrées distinctes sépareront la piste du Bougés et l’entrée de la draille pour faciliter le déplacement des piétons.

À terme, et comme le souhaite la commune, les flux forestiers se concentreront sur la piste du Solpeyran. Ainsi le noeud deviendra seulement piéton. Une interrogation subsiste sur la traversée de la route Nationale. À ce jour, les outils de paysagistes ne permettent pas de répondre à cet enjeu majeur que représente la traversée piétonne sur une route Nationale. La gestion des eaux de ruissellement sera désormais assurée par des trinquats qui longeront la N106.

© Alicia Juge et Manon Diekmann - Propositions d'aménagement

 

Table d'orientation immersive

La table d’orientation prend place en haut du promontoire. Des lignes colorées (peinture) au sol viennent pointer les différentes directions comme la vallée de la Mimente ou encore la vallée longue.

 

Pas d'ânes caladés

L’ancienne draille, actuellement inutilisé, sera caladée afin de mener au promontoire. Elle prendra la forme de pas d’ânes réalisés en schistes. Les pierres seront disposées de manière clavées afin de réduire les glissements.

 

Trinquat avec pierres clavées

Des lauzes de schiste disposées dans une rigole viennent former un trinquât et guider l’eau de chacun des cotés des versants au niveau de la route.

 

Le jardin méditerranéen en terrasse

La coupe large permet de visualiser la dimension des terrasses (6m – 2m de muret -10m – 2m de muret. La végétation de la première terrasse se veut rase pour permettre des vues depuis le restaurant. La seconde accueille des arbres pour favoriser un ombrage continue de la terrasse.

 

 

 

Conclusion

Grâce à ce projet, la route s’est un peu effacée à la faveur de la lecture des paysages de vallées. Le col s’est organisé et les flux se sont hiérarchisés afin de renforcer la place du piéton. L’arrivée sur cette porte d’entrée du parc national Cévennes se fait grâce à des espaces plus doux, plus qualifiés, qui permettent l’arrêt sur le col.

 

Textes – photos et illustrations Alicia Juge et Manon Diekmann