Parc national des Cévennes
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Filières
Longtemps négligée, la laine fait aujourd’hui l’objet d’un nouvel intérêt chez certains éleveurs des Cévennes. Outre ses qualités environnementales, cette matière première offre des perspectives de développement économique et social intéressantes pour le territoire du Parc national.
Un troupeau transhumant au col de Salides © Patrick Mayet
Un troupeau transhumant au col de Salides © Patrick Mayet

Pourquoi un travail sur la laine ?

Transversale aux différents axes de la charte du Parc national - agriculture, économie locale, patrimoine, culture, tourisme…-, la laine apparaît comme un sujet fédérateur pour le territoire.

La laine et le mouton ont fortement marqué le territoire du Parc national d’un point de vue historique. La présence d’ovins domestiqués est attestée en Languedoc depuis le début du Néolithique (5 700 av. J.-C.) et on retrouve des traces de filage et de tissage à partir de 4 500 av. J.-C. Au Moyen Âge, la main-d’œuvre abondante dans une région dominée par l’élevage ovin a encouragé le développement de la draperie. Le cadis, drap de laine traditionnel servant à l’habillement local, est la plus ancienne étoffe fabriquée dans le Massif central. L’activité drapière ou cadisserie se caractérisait par l’absence de corps de métier spécialisé : les paysans fabriquaient et vendaient eux-mêmes leurs étoffes.
Le mouton, animal rustique et peu exigeant, jouait alors un rôle majeur dans la subsistance des familles paysannes, autant pour la fumure que pour sa laine, d’où son surnom de « bête à laine » adopté dans tous les documents d’époque. La production de viande ne constituait qu’un produit secondaire (au début du XVIIIe siècle, le prix de la laine était cinq fois supérieur à celui de la viande !).
L’artisanat lainier a longtemps représenté l’économie principale du Massif central. La demande en « draps de pays » était telle que les paysans s’approvisionnaient en laine dans les régions voisines (Auvergne, Provence) et à l’étranger (Espagne, Afrique du nord), notamment pour répondre aux besoins des nombreuses communautés religieuses de France et d’Europe. Finalement, l’activité lainière locale a décliné du fait de la concurrence internationale et de l’arrivée des engrais de synthèse et des fibres synthétiques.

 

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Troupeau de brebis de race Raïole © Mathilde Schloeflin

 

A l’échelle du Parc national, on estime le cheptel à environ 100 000 ovins, principalement localisés sur les Causses. Les deux races dominantes sont la Lacaune pour la production de lait, et la Blanche du Massif central pour la production d’agneaux. Parmi les races bouchères, on compte aussi des races rustiques méditerranéennes, comme la Raïole, la Caussenarde des Garrigues ou la Rouge du Roussillon, présentes dans les Cévennes. En estimant la production de laine entre 1 kg et 1,5 kg par brebis, on évalue la ressource en laine sur le territoire du Parc national à plus de 100 tonnes par an…

 

La laine peut redonner du sens et de la valeur à un élevage fortement dépendant des subventions.

Bien que longtemps considérée comme la principale richesse du mouton, la laine apparaît aujourd’hui comme un déchet encombrant et coûteux aux yeux des éleveurs eux-mêmes. La vente de laine brute ne permet pas de payer le tondeur. Actuellement, la majorité des laines françaises sont décôtées sur le marché mondial, en premier lieu faute de soin apporté au moment de la tonte. Dans un contexte où les éleveurs peinent à vivre de leur métier car les prix d’achat des produits agricoles ne permettent pas de couvrir les coûts de production, le monde de l’élevage peut-il faire l’économie d’un travail sur la laine ? Les subventions européennes ne peuvent pas être la seule réponse à apporter aux éleveurs ; il faut aussi améliorer les prix payés aux producteurs et offrir de nouvelles perspectives pour l’élevage et ses filières. En ce sens, la laine (qui pousse chaque année sur le dos du mouton) représente une possibilité de diversification pour l’élevage ovin.
 
 
La laine, facteur de développement territorial.

Actuellement, la plupart des laines françaises sont envoyées en Chine pour être nettoyées et transformées industriellement, puis reviennent en France sous forme de produits finis. La laine aurait donc une valeur ? En effet, fibre animale 100 % renouvelable, à la fois isolante, élastique et résistante, la laine est une ressource d’avenir dans l’habitat, l’ameublement et l’habillement. Contrairement aux idées reçues, les laines locales, même rustiques, ont des débouchés: literie, tapis, etc.
La condition principale est de produire  une matière première de qualité (c’est-à-dire propre, bien tondue et issue d’un animal en bonne santé). L’enjeu consiste ensuite à se réapproprier localement certaines étapes de transformation de la laine pour créer de la valeur ajoutée sur le territoire. Le travail de la laine est une source de développement pour l’économie locale en créant de nouvelles activités et de nouveaux produits.
Au-delà de la dimension économique, la laine participe aussi au dynamisme social en recréant du lien entre les différents acteurs d’une filière oubliée : éleveurs, artisans, industriels... La laine représente donc un potentiel de création pour des projets innovants sur le territoire du Parc.

Terra Rural et Raïolaine, le renouveau des laines locales

Autour de Florac, éleveurs et artisans se mobilisent ensemble pour valoriser les laines locales.

Terra Rural est un programme du conseil régional Languedoc-Roussillon à destination des collectivités : il vise à encourager les projets de développement agricole en impliquant les habitants du territoire. La communauté de communes Florac-Sud Lozère a bénéficié de ce programme, ainsi que des financements de l’Europe via le Feader, de la région Languedoc-Roussillon et du département de la Lozère. Parmi les thèmes identifiés comme pouvant être porteurs au plan local, on compte la filière laine. La réflexion sur cette thématique a débuté au début de l’année 2014 avec la création d’un groupe de travail animé par François Konieczny, chargé de mission Terra Rural, en collaboration avec l’Association lozérienne pour le développement de l'emploi agricole et rural (Alodear). 

Cette équipe est constituée d’une quinzaine de personnes aux profils variés : éleveurs ovins, dont certains travaillent déjà leur laine, artisans du fil ou du feutre, animatrices d’ateliers de sensibilisation et porteurs de projet, tous guidés par la volonté commune de valoriser les laines produites sur le territoire. Leur rencontre a donné lieu à une journée d’initiation au tri de la laine animée par Julien Buchert, chargé de mission Agro-pastoralisme au Parc national,  et à une étude menée par Mathilde Schlaeflin, stagiaire au Parc national. Cette étude portant sur l’évaluation des besoins et des attentes individuelles a permis de formuler des propositions d’actions à mettre en œuvre collectivement : mutualisation de matériel, chantiers de tonte et de tri collectifs, « café tricot », boutique associative ou encore « circuit de la laine »… Les  perspectives sont nombreuses !

Contact : François Konieczny : terrarural@orange.fr
 

 

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Expertise de la laine de brebis Raïole © Patrick Mayet

En Cévennes, un groupe d’éleveurs se structure autour du projet de valoriser la laine de leurs brebis.

Raïolaine réunit des éleveurs en race Raïole (race locale à faible effectif) souhaitant redonner du sens à la production annuelle de laine par un projet collectif. En plus de la dimension humaine de la démarche, l’intérêt économique n’est pas oublié : il s’agit de rembourser le coût de la tonte par la vente de produits finis et peut-être générer un revenu d’appoint, indépendamment des primes. Le projet a débuté au printemps dernier avec l’organisation de chantiers de tonte et de tri collectifs. Cette démarche a reçu l’appui du Parc national, sous les formes suivantes :
•    soutien pratique sur les chantiers de tonte pour le tri et classement des laines ;
•    organisation d’une formation sur la valorisation de la laine en production ovine à destination des éleveurs ;
•    appui technique dans la fabrication de prototypes et la mise au point de produits finis ;
•    accompagnement lors des manifestations estivales organisées par le Parc (Florilège à Florac et la Journée de la laine à Génolhac).

Le premier débouché espéré par les éleveurs est lié à leur rencontre avec le Mobilier national en charge de l’approvisionnement des Manufacture d’Etat. Ensemble, ils ont pour projet de mettre au point un fil de laine correspondant aux exigences techniques de ces hauts lieux de la tapisserie et du tapis français.
Par ailleurs, les éleveurs explorent d’autres débouchés plus locaux. Depuis le mois d’août, ils proposent en vente par souscription des couettes en laine fabriquées par un professionnel de la literie en laine basé en Auvergne.
Enfin, éleveurs et personnels de l’établissement public du Parc réfléchissent actuellement à la création d’un produit en laine qui serait à la vente dans les boutiques du Parc.

Contacter : raiolaine@openmailbox.fr

 

Le Parc national des Cévennes, acteur d’une nouvelle filière laine

Le Parc national des Cévennes a la volonté d’accompagner les projets de valorisation de la laine sur le territoire en apportant un soutien aux porteurs de projet.

Au début de l’année 2015, le Parc national a mis en place un stage de six mois afin de contribuer à la réflexion sur l’émergence d’une nouvelle filière laine locale et soutenir les démarches en cours précédemment présentées. Au-delà de l’appui opérationnel, ce stage a permis de dresser un état des lieux à la fois historique et actuel de la filière laine sur le territoire. Le mémoire de stage est à disposition du public au centre de documentation et d’archives du Parc national à Génolhac.
Dans la continuité de ce stage et à la demande d’éleveurs, un travail de recherche va être mené pour étudier les qualités de la laine Raïole en vue de proposer des pistes d’amélioration lainière…

 

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Réunion du 16 octobre : rendu de stage et discussion sur l’émergence d’une nouvelle filière laine locale © Catherine Dubois

Le 16 octobre dernier, à l’occasion de la restitution du travail de stage, le Parc national a  réuni près de cinquante personnes (éleveurs, artisans, élus ou leurs représentants, Alodear, personnel du Parc...) pour réfléchir ensemble à la filière laine de demain. Cette journée d’échanges, animée d’une énergie et d’une ferveur peu communes, a permis de révéler un véritable intérêt partagé sur le territoire pour renouer avec ce matériau traditionnel fondateur de l’identité cévenole.
 «Tout ça, c’est magique ! » (Rémi LEENHARDT, éleveur de brebis raïoles)
 « Pour un scientifique, c’est extraordinaire, on assiste à un processus de réapparition d’une ressource territoriale qui avait été abandonnée, qui va se moderniser pour s’adapter au monde actuel. C’est quelque chose de fantastique, qu’il faut accompagner. » (Jean-Paul CHASSAGNY, membre du comité scientifique du Parc)
 « Rien n’est plus fort qu’une idée qui arrive à temps. Aujourd’hui, sur le territoire du Parc, il y a un alignement des astres qui entraîne par nature notre soutien à toutes ces actions. » (Grégoire GAUTIER, chef du service Développement durable du Parc)
A son échelle, le Parc national des Cévennes s’engage à soutenir des actions dans plusieurs domaines : relocalisation de la filière, innovation (textile, ameublement, isolation), création d’un centre de ressources (synthèse des connaissances, formations), communication (fêtes, circuits de la laine, marque Esprit Parc national), et bien d’autres à définir avec les forces vives du territoire.

Contact : Julien Buchert : julien.buchert@cevennes-parcnational.fr

 

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Le rendez-vous de la laine
 
ATELIER – Laines d’Europe, association de promotion de la laine à l’échelle européenne, organise son assemblée générale les 20 et 21 février 2016 au Vigan. Il s’agit d’une rencontre interprofessionnelle réunissant tous les acteurs de la filière : éleveurs, tondeurs, laveurs de laine, matelassiers, filateurs, tisserands, tricoteurs, teinturiers, créateurs… Ce rendez-vous annuel est ouvert à tous les curieux, experts ou passionnés !
Infos et réservations auprès de ATELIER : 04 92 25 71 88 ou atelier5@orange.fr
 

Source : Magazine De serres en valats n° 41 - Novembre 2015