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Réintroduction du gypaète barbu dans les Grands Causses - Chronique n° 1

Faune
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Oiseau à l'allure magique, il a pu inspirer la légende du phénix © Bruno Berthemy

La réintroduction du gypaète barbu dans les grands causses : un oiseau mythique, de bon augure, dans les cieux des Causses et des Cévennes.

 A l'occasion de la réintroduction du gypaète barbu dans les grands causses, le Parc national des Cévennes propose une chronique hebdomadaire dans les colonnes de Midi libre, afin de mieux faire connaître cette espèce protégée. Cette semaine, présentation de l'espèce.

Le vautour-aigle barbu (traduit du nom scientifique Gypaetus barbatus) est bien un vautour. Son régime nécrophage le confirme. Mais son allure, ses pattes capables de saisir entre les griffes des branches ou des os et sa capacité de vol malgré sa grande taille, rappellent la majesté des aigles.

Autre temps, autre sobriquet. Du phène alpin du XIXe au phinis (rouge) grec de l’antiquité, la couleur orangée de la poitrine en est l'inspiration. Les gypaètes se baignent dans de la boue ferrugineuse teintant progressivement leur plumage. Cela reste un mystère, même si on sait qu’ils se colorent intentionnellement.

Couleur de feu, masque et barbe noirs ont frappé les esprits et suscité mythes et légendes. Mais les savoirs populaires ont eu raison des croyances : martet d’os (béarnais) ou peres (hébreu de la Bible) signifient « casseurs d’os » soulignant l'écologie unique de l'espèce : le gypaète mange des os !

Spécialiste de l'extrême, c'est un vrai surfeur des airs

Sa voilure d’une efficacité peu égalée (2,70 à 3 m d'envergure pour 6 kg !) lui confère une fonction de planeur hors-pair et permet aussi l’exploration fine du relief au ras du sol, à vitesse réduite, sa queue en losange lui servant de gouvernail. C'est un atout pour parcourir un vaste domaine vital et rechercher sa nourriture. Le phénix apprécie avant tout un relief marqué, avec des milieux ouverts où vaquent troupeaux sauvages ou domestiques.

De la haute montagne aux montagnes sèches méditerranéennes, d'Afrique ou d'Asie de plus basse altitude, le gypaète ne se cantonne pas aux hauts sommets enneigés. Il niche aussi bien à 4 000 m d’altitude dans l’Himalaya qu’au bord de la mer en Corse. Son plumage, très isolant, lui fait braver les -40°C à 8 000 m ou les + 40°C dans les montagnes les plus chaudes !

Dans les parois rocheuses tranquilles aux cavités abritées, il construira son nid, fait de branches et garni de laine de mouton.

Le phénix renaît de ses cendres

Abondante au XVIIIe, l’espèce a, depuis, disparu de nombreuses régions ou se maintient avec de petits effectifs. A l'échelle française ou européenne, son aire de répartition a une allure morcelée, constituée de populations isolées. L’absence d’échanges d’individus entre populations et donc l’absence d’échanges génétiques menacent l’espèce d’extinction.

En France, les Pyrénées accueillent 40 couples, contre une dizaine dans les années 1970. L’espèce s’y est maintenue et progresse ces dernières années. De même la population corse est native, mais en déclin, avec 5 couples. Et dans les Alpes françaises, où le gypaète avait disparu dans les années 1930, 9 couples issus de réintroductions se reproduisent.

Grâce à un programme de la Ligue pour la protection des oiseaux, le Parc national des Cévennes et le Parc naturel régional des Grands Causses accueillent de nouveau dans leurs cieux depuis 4 ans, cette espèce majestueuse.

(Midi libre 18 mai 2016)

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