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Bonnes nouvelles pour les chauves-souris - épisode 2

Redécouverte en 2022 dans une grotte du sud du Parc, une colonie de Rhinolophes euryales rassemble entre 800 et 1 300 individus - un effectif considérable pour une espèce qui a presque disparu de la moitié des régions françaises.

Mais en juillet dernier, les chauves-souris se sont volatilisées. Et c'est peut-être la partie la plus intéressante de l'histoire !

Deuxième épisode de notre série consacrée aux bonnes nouvelles chiroptérologiques du Parc. Après la colonie hors norme de barbastelles d'Alzon, nous partons à Aumessas, mais cette fois… sous terre.

 

Entrée d'une grotte de chauves souris
L'entrée de la grotte où ont été découvertes les chauves-souris © Cyril Rombaut - Parc national des Cévennes

 

Années 1990 : une grotte, une trentaine d’individus, puis l'oubli

Tout commence il y a plus de trente ans. Jean Séon, garde-moniteur du Parc, découvre dans une grotte sur le secteur d’Aumessas. Une petite colonie de Rhinolophes euryales est présente : un peu plus d'une trentaine d'individus

Puis la grotte sort des radars. Pendant près de trois décennies, plus personne ne s'y rend pour suivre ces chauves-souris. Il faudra attendre 2022 qu’un élu local signale à Cyril Rombaut, garde-moniteur du Parc, une quantité de guano inhabituelle dans une cavité. Il s’agit de la même grotte.

 

Guano de chauve souris dans une grotte
Le guano accumulé dans la grotte © Cyril Rombaut - Parc national des Cévennes

 

110, puis 550, puis 800 : une colonie impressionnante

Sur place, le constat est sans appel : il y a effectivement beaucoup de guano. Beaucoup trop pour une trentaine d'individus. Rendez-vous est pris pour un comptage en sortie de gîte, à la tombée de la nuit, quand les chauves-souris s'échappent une à une de la cavité.
Premier comptage en juin 2022 : 110 individus. Un mois plus tard, Géraldine Costes, garde-monitrice du Parc y retourne et en dénombre 550.
Depuis, la grotte est suivie deux fois chaque été. Les effectifs tournent régulièrement autour de 800 individus. À l'échelle française, où l'espèce compte désormais moins de 40 000 adultes recensés, c'est un site majeur.

 

Rhinolophe Euryale
Comme il est possible de le voir sur notre site Biodiv'Cévennes, le Rhinolophe euryale est présent en marge méridionale du Parc national © Jean-Pierre Malafosse - Parc national des Cévennes

 

Juillet 2025 : un rhinolophe juvénile au milieu des murins

Début juillet 2025, nouveau comptage : environ 800 individus. À la fin de la sortie de gîte, l'équipe pénètre discrètement dans la grotte et observe un jeune rhinolophe mêlé à des jeunes Murins à oreilles échancrées, une autre espèce qui fréquente régulièrement la cavité en petit nombre.

La présence d’un juvénile est un indice de poids. Une hypothèse émerge : nous aurions là une colonie de reproduction, une nurserie.

 

Juvénile euryale
Le jeune rhinolophe mêlé aux jeunes Murins à oreilles échancrées découvert en 2025 © Antonin Wilmart

 

À l'automne, Valentine Aumont, technicienne forêt du Parc propose à Antonin Wilmart, chiroptérologue indépendant, un comptage supplémentaire pour vérifier la présence de « swarming » (période de l'automne pendant laquelle les chauves-souris se rassemblent devant les cavités pour s'accoupler). 

Ce soir-là, jackpot. L'estimation grimpe à environ 1 300 individus !

 

Juillet 2026 : plus personne

Le 3 juillet 2026, Valentine Aumont et Antonin Wilmart retournent à la grotte. 770 individus en sortie de gîte : l'effectif est au rendez-vous. Mais à l'intérieur, surprise : les rhinolophes juvéniles ne sont pas encore nés. Seuls six jeunes murins à oreilles échancrées sont observés.

Retour le 24 juillet, pour vérifier que les naissances ont bien eu lieu. Et là, plus rien. Trente individus seulement en sortie de gîte. Et à l'intérieur de la grotte, pas une seule chauve-souris.

Ce que l'on prenait pour une nurserie n'est en fait, à cette période de l'année, qu'un gîte de transition. Les mères sont parties mettre bas ailleurs.

 

Rhinolophe en hibernation la tête à l'envers
Rhinolophe euryale en hibernation © Antonin Wilmart

 

Où se cache la nurserie ?

Le phénomène n'est pas isolé. Deux cavités naturelles, situées respectivement à Sumène et à Saint-Bauzille-de-Putois, présentent une dynamique similaire : elles accueillent des effectifs importants au printemps, mais sont désertées juste avant la mise-bas des femelles.

D'où une question, et une hypothèse assez vertigineuse : existe-t-il, quelque part, un autre site qui accueille notre colonie ? Et si oui, s'agit-il d'une « gigantesque nurserie » rassemblant plusieurs colonies venues de plusieurs vallées ? Ces colonies se réuniraient-elles à cette période précise pour accueillir les petits, ensemble ?

Aucune réponse pour l'instant. Mais l'hypothèse colle bien à ce que l'on sait de l'espèce : les colonies de Rhinolophes euryales sont réputées changer fréquemment de gîte de reproduction d'une année sur l'autre, ce qui rend leur suivi particulièrement délicat. Et l'espèce est capable de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres entre ses différents gîtes.

Nous perdons donc la satisfaction d'avoir identifié une énorme colonie de reproduction. Nous conservons une colonie bien réelle, présente à la fin du printemps et au début de l'été, puis de retour à l'automne avec les jeunes de l'année. Et nous gagnons surtout la certitude qu'il nous reste beaucoup à apprendre sur cette colonie et sur cette espèce. Et ça, franchement, c'est réjouissant !

 

Le Rhinolophe euryale

 

Rhinolophe en vol dans une grotte
Rhinolophe euryale en vol © Carlosblh - Wikimedia Commons

 

Légèrement plus petit que le Grand Rhinolophe, Rhinolophus euryale mesure 44 à 51 mm pour un poids de 8 à 17 g. Comme tous les rhinolophes, il se reconnaît à sa « feuille nasale » en forme de fer à cheval, cette excroissance de peau qui entoure les narines et par laquelle il émet ses ultrasons.

C'est une espèce méditerranéenne. Dans les Cévennes, elle évite très nettement l'altitude et reste cantonnée au piémont, dans les ambiances les plus chaudes du territoire. Elle chasse dans les milieux forestiers semi-ouverts dominés par les feuillus (chênes verts et pubescents, châtaigniers, érables de Montpellier) mais aussi le long des ripisylves et dans les vergers.

Toutes les colonies de mise bas connues sur le territoire sont souterraines : grottes et avens. Des individus isolés ou en petits groupes peuvent en revanche utiliser des gîtes bâtis à la belle saison (clèdes, cabanes forestières, moulins abandonnés…).

Fait rare chez les chauves-souris : c'est l'une des seules espèces dont les deux sexes se retrouvent dans les gîtes de mise bas, et ses colonies sont souvent mixtes, partagées avec d'autres espèces, comme ici avec le Murin à oreilles échancrées.

Protégé sur l'ensemble du territoire français, le Rhinolophe euryale est classé quasi menacé en France et au niveau mondial, et vulnérable sur la liste rouge européenne. Il a subi un effondrement massif de ses effectifs au XXe siècle et a aujourd'hui presque disparu de plusieurs régions françaises. Seul le sud du pays abrite encore des populations viables.

C'est dire ce que représente une colonie de 800 à 1 300 individus au sud du Parc national des Cévennes.

Découvrir la fiche du Rhinolophe euryale et sa répartition sur le territoire sur notre site Biodiv'Cévennes

 

De l'importance de la tranquillité des grottes...

Si les barbastelles de l'épisode 1 dépendaient d'un volet qu'on n'avait pas remplacé, les rhinolophes euryales dépendent, eux, de la tranquillité du monde souterrain.

Le dérangement figure parmi les toutes premières menaces qui pèsent sur l'espèce. Une visite au mauvais moment, une lampe braquée sur un plafond, quelques minutes de présence : cela suffit à faire décrocher des femelles gestantes ou à faire chuter des jeunes non volants. Répétée, la perturbation peut entraîner l'abandon pur et simple du gîte.

D'où quelques réflexes simples pour les amateurs de cavités :

  • éviter toute visite entre mai et septembre (mise bas et élevage des jeunes) et entre novembre et mars (hibernation) ;
  • ressortir immédiatement en cas de découverte de chauves-souris ou de guano frais ;
  • ne jamais éclairer, photographier au flash ou toucher les animaux ;
  • signaler la découverte au Parc plutôt que d'y retourner : c'est ce qui a permis de reprendre le suivi de cette colonie.

 

Grotte sur le Causse méjean
Grotte de la Dragonheira © Bruno Descaves - Parc national des Cévennes

 

À retrouver également : 


Source URL: https://www.cevennes-parcnational.fr/actualites/jusqua-1-300-rhinolophes-dans-une-grotte-oubliee-une-colonie-majeure-et-une-enigme