Julie Mazer, 35 ans, membre du GAEC Le Ranquet à Corbès dans le Piemont cévenol élève des brebis Raïole allaitantes et transhumantes. Elle est également co-présidente du groupement pastoral de la Loubière à Barre des Cévennes. Aimé Mazoyer, 59 ans, élève quant à lui des vaches allaitantes Aubrac à la Brousse au Pont-de-Monvert-Sud-Mont-Lozère.
Pourquoi vous êtes-vous lancée dans ce métier ?
Julie Mazer. Au départ, je travaillais en librairie et en maison d’édition, mais j’ai toujours aimé le contact avec les animaux. Je me suis dit que je reprendrais le troupeau le jour où mon père partirait en retraite, l’occasion s’est présentée plus tôt que prévu, car il recherchait un associé.
Quelles sont vos pratiques ?
J.M. Nos 200 brebis Raïole sont nourries exclusivement à l’herbe. Notre rôle de bergers est de les conduire vers des ressources diversifiées durant toute l’année. Nous sommes des bergers sans terre, notre troupeau pâture les parcelles de propriétaires ou des terrains communaux. Nous avons parfois des conventions pluriannuelles de pâturage mais ce sont surtout des baux oraux. Nous sommes souvent à la recherche de terres, c’est la difficulté qui compense le fait que nous ne payons pas de baux et que nous n’achetons pas de nourriture pour nos animaux. Dans les montagnes, le troupeau est gardé et dans les plaines, il est parqué.
Que diriez-vous de votre métier ?
J.M. Nous sommes connectés à la réalité. Je suis devenue éleveuse car je ne voulais pas être végétarienne. Pour moi, manger de la viande sans en assumer les conséquences, ça n'a pas de sens. J’ai pris cette responsabilité pour ceux qui n’y arrivent pas et qui souhaitent manger des bons produits. Notre viande d’agneau est vendue en vente directe. La gestion du paysage et de la ressource est passionnante, de même que le lien avec les habitants qui voient dans les brebis une tondeuse sans carbone et une tradition ancestrale.
Quels sont les enjeux futurs ?
J.M. Le changement climatique modifie le paysage, l’eau est moins disponible, les bêtes ont plus chaud... De nouvelles maladies apparaissent comme la fièvre catarrhale ovine (FCO) qui a décimé une bonne partie de notre troupeau il y a deux ans et demi. Il y a également des enjeux politiques, la politique agricole commune (PAC) nous permet d’avoir un revenu en vendant des produits de qualité à des prix accessibles. Elle est remise en question tous les 7 ans et le maintien de ces aides pourrait devenir incertain. J’ai plein de projets pour l’avenir et notamment celui de travailler avec d’autres professionnels pour revenir au modèle de polyculture élevage des fermes d’avant le remembrement.
Quel est votre parcours ?
Aimé Mazoyer. J’étais salarié dans l’industrie dans le Tarn et comme je me suis toujours intéressé à l’élevage et que je souhaitais revenir en Lozère, en 1995, j’ai repris la ferme familiale en m’associant en GAEC avec mon frère qui est aujourd’hui à la retraite. Mon exploitation s’étend sur 250 ha répartis sur deux sites : La Brousse et L’Hôpital sur le mont Lozère. 10 % des parcelles sont des prairies de fauche et le reste des pâtures. Je possède un troupeau d’une 50 aine de vaches allaitantes de race Aubrac. Elles passent 6 mois de l’année en bâtiment et les 6 autres mois dans les pâtures en montagne.
Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre métier ?
A.M. Quand j’ai démarré ma carrière, les fermes disposaient de moins de surface et de matériel, les cheptels étaient plus petits. Les exploitations étaient plus diversifiées, il y avait des moutons, des cochons, des volailles, quelques chèvres…et tous les produits se vendaient. Après les vêlages, on ne commercialisait pas les mêmes produits qu’aujourd’hui. Les veaux et les génisses étaient vendus directement au boucher du coin. Petit à petit, les exploitations se sont spécialisées, nous avons développé la production de broutards. A 10 /12 mois, ils sont envoyés à l’engraissement dans des bâtiments en Italie, et les génisses en Espagne.
Qu’en pensez-vous ?
A.M. C’est le modèle de production qui a changé et je pense que les jeunes qui se lancent aujourd’hui dans le métier feront différemment, car les modes de production continueront d’évoluer progressivement, ils ne sont jamais brutaux. Je pense que le mouvement vegan, le réchauffement climatique et la prédation du loup vont encore occasionner des changements auxquels il faudra s’adapter.
Vos bovins sont-ils valorisés autrement ?
A.M. Une partie de ma production est commercialisée sous le label rouge – Boeuf fermier Aubrac – dans des boucheries de Lozère et dans la grande distribution par exemple à Montpellier ou à Paris. Je suis également engagé dans une démarche de sélection, des mâles sont vendus pour faire des taureaux reproducteurs, et des vaches sont vendues à des éleveurs qui en recherchent. Cela nécessite d’effectuer un travail sur le long terme.
Cet article est extrait du dernier numéro du magazine du Parc de serres en valats. Son Grand angle est consacré au pastoralisme dans le Parc national.
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