Afin de valoriser la châtaigneraie, le Parc national, les Chartes forestières (Pays Cévennes - Sud Lozère, Causses et Cévennes) et le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF) ont engagé une réflexion autour d’un débouché intermédiaire, entre le bois énergie et le bois d’oeuvre. Près d’une trentaine d’acteurs ont été rencontrés pour cette étude.
L e châtaignier, arbre nourricier et emblématique des Cévennes, dépérit depuis plus d’une quinzaine d’années sur certaines stations. Sur les 31 500 hectares de châtaigneraies recensés en Lozère et dans le Gard, à peine 40 % se trouvent encore sur des stations réellement favorables à leur développement. Les autres peuplements sont d’anciens vergers devenus taillis faute d’entretien, fragilisés par les maladies — l’encre et le chancre — et mis à rude épreuve par le changement climatique. À la crise sanitaire et climatique s’ajoute une équation économique délicate. Le bois issu de ces peuplements, souvent de qualité secondaire, est peu rentable par rapport à son prix de vente.
Face à ce constat, le Parc national, les Chartes forestières et le CNPF ont lancé une réflexion afin de trouver une nouvelle piste de valorisation de la châtaigneraie : celle du « bois intermédiaire », entre le bois énergie et le bois d’oeuvre. L’objectif étant de trouver des débouchés pouvant contribuer à relancer une dynamique sylvicole afin de : soutenir l’économie locale, entretenir les paysages forestiers tout en préservant leur biodiversité et réduire les risques d’incendie.
Des entretiens avec des professionnels
Un état des lieux a été conduit durant six mois. Au cours de cette période, 26 acteurs du territoire du Parc et 23 autres acteurs d’autres régions de production ont été rencontrés : scieurs, menuisiers, propriétaires forestiers…
Les usages du bois intermédiaire ne manquent pas : clôtures, ganivelles, tuteurs… La demande est portée notamment par les agriculteurs et certaines collectivités pour des aménagements. Parmi les produits, la réalisation de piquets fendus de clôture — d’environ 1,80 m de haut — s’impose comme la filière la plus aboutie. Facile à produire, demandant un investissement en matériel limité et répondant à un besoin constant, il attire des profils variés : producteurs occasionnels, professionnels du bois ou agriculteurs en quête d’un revenu complémentaire. Ce dernier, s’il dispose de tout le matériel adapté, est capable de produire entre 5 et 8000 piquets par an, en plus de son atelier principal. Un travail qui est effectué pendant la saison hivernale, quand l’activité est réduite sur l’exploitation. La commercialisation permet de dégager un chiffre d’affaires annuel compris entre 12 500 et 20 000 €. Une activité accessible, certes, mais exigeante physiquement et chronophage.
Une filière encore fragile
Les coûts d’exploitation élevés, la main-d'œuvre rare et les volumes de bois dispersés constituent des freins au développement de cette filière. En Dordogne et dans la Drôme, la filière « piquet » est structurée grâce notamment à des entreprises de transformation, une sylviculture adaptée à ce produit et des surfaces importantes de châtaigneraies dédiées. Cependant cette production n’est pas sans conséquence, un épuisement des souches et des sols est observé du fait des coupes rases répétées, ce qui remet en question la viabilité de la filière sur le long terme.
Dans les Cévennes, les aides publiques apparaissent aujourd’hui comme un levier déterminant pour consolider l’élan et structurer l’offre. Toutefois, la valorisation du bois intermédiaire ne suffira pas, à elle seule, à relancer une sylviculture du châtaignier orientée vers le bois d’oeuvre. Les investissements sont lourds pour des retours qui s’éffectuent sur le long terme, et la gestion sylvicole est contraignante. En revanche, elle représente une opportunité réelle pour le territoire : diversification des revenus, gestion active des forêts et maintien d’une activité économique locale. Pour vos jardins, clôtures, treilles et autres aménagements : tous aux piquets cévenols !
Dans le châtaignier, tout est bon !
Mathieu Boutet est propriétaire d’une châtaigneraie en taillis de 10 hectares sur la commune de Molezon. Il réalise lui-même l’exploitation et valorise tout son bois en passant du fagot à de belles charpentes. Avec le bois intermédiaire, il réalise des piquets, des tuteurs ou encore des treilles. Des produits disponibles à son atelier (ouvert le mercredi matin) au Pont de Montvert-Sud Mont Lozère.
Cet article est extrait du dernier numéro du magazine du Parc de serres en valats. Son Grand angle est consacré au pastoralisme dans le Parc national.
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