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Le 28 juin, sur le site de lâcher du Roc du Salidou à Dourbies, les agents du Parc national ont dû intervenir en urgence : un photographe s'était approché au plus près de deux jeunes gypaètes barbus, provoquant chez l’un d’eux un envol de panique. Ne maîtrisant pas encore son vol, cet oiseau aurait pu rencontrer de sérieuses difficultés (atterrissage non contrôlé dans un endroit non favorable, risques de blessures). De plus, ce genre de situation génère un stress important pour les oiseaux.

 

Cet incident, loin d'être isolé, relance la question du dérangement de la faune par la photographie de nature — un sujet sur lequel le Parc national des Cévennes et la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) souhaitent alerter, à l'heure où quatre jeunes gypaètes viennent tout juste de prendre leurs premiers repères sur l'Aigoual.

 

Gypaète barbu
Surnommé le « casseur d'os », le Gypaète barbu est le plus grand rapace d'Europe, avec une envergure pouvant dépasser 2,90 mètres. © Thomas Broussignac - Parc national des Cévennes

 

Un printemps 2026 sous le signe du retour du gypaète sur l'Aigoual

 

Depuis 2012, le programme de réintroduction du Gypaète barbu dans les Grands Causses, porté par la LPO, le Parc national des Cévennes, en partenariat avec le Parc naturel régional des Grands Causses, notamment dans le cadre des programmes européens Life Gypconnect et Gyp'ACT, a permis de lâcher 47 jeunes gypaètes dans le sud du Massif central. 

 

lacher de gypaètes sur le massif de l'Aigoual
Durant l'opération de lâcher de Gypaètes en 2026 sur l'Aigoual. © Olivier Prohin - Parc national des Cévennes

 

En 2026, pour la première fois, le massif de l'Aigoual accueille ce programme, sur le site du Roc du Salidou, à Dourbies, avec le soutien du Conseil départemental du Gard.

Le 13 mai, dans des conditions encore hivernales, deux jeunes gypaètes, Valat et Viatge, y ont été déposés. Le 9 juin, deux autres oiseaux, Ventus et Ventalon, les ont rejoints. Le 24 juin, Viatge, l'aînée du groupe, a commencé à s'entraîner à voler : une étape décisive et périlleuse dans la vie d'un jeune rapace.

 

Gypaètre aigoual Ventus
Ventus est un gypaète mâle laché sur le site du Roc du Salidou à l'âge de 89 jours en Juin 2026  © Olivier Prohin - Parc national des Cévennes

 

L'envol, moment le plus critique de la vie d'un gypaète

 

Le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) est le plus grand rapace d'Europe, avec une envergure pouvant dépasser 2,90 mètres. Surnommé « casseur d'os » pour son régime alimentaire quasi exclusivement composé d'os et de moelle, qu'il laisse tomber sur les rochers pour les briser, il se distingue par les longues plumes noires qui encadrent son bec, évoquant une barbe.

C'est une espèce à la reproduction très lente : la femelle pond un ou deux œufs, à quelques jours d'intervalle, mais un seul jeune survit toujours, l'aîné éliminant systématiquement le cadet. L'incubation dure près de deux mois, assurée à tour de rôle par les deux parents, puis le jeune reste encore environ quatre mois au nid avant son premier envol. 

Persécuté et empoisonné, il avait disparu des Alpes au début du XXe siècle ; sa réintroduction, engagée depuis les années 1980 dans les Alpes puis depuis 2012 dans les Grands Causses, reste un travail de très longue haleine, où chaque individu compte.

 

Gypaète barbu
Gypaète en vol © Caroline Devevey - Parc national des Cévennes

 

La période de l'envol est justement la plus fragile de toute la vie du jeune oiseau : ses muscles, ses réflexes et sa maîtrise du vol sont encore approximatifs, et une chute ou un choc contre la roche peut lui être fatal. C'est précisément à ce moment que le moindre dérangement, un bruit, un mouvement brusque, une approche trop proche, peut le pousser à s'envoler prématurément ou paniqué, avec un risque réel d'accident.

 

Un dérangement récurrent malgré la prévention

 

Depuis plusieurs années, les sites de lâcher attirent un nombre croissant de photographes, dont certains n'hésitent pas à s'en approcher au plus près pour obtenir le cliché recherché. 

Ce phénomène n'est pas propre au Gypaète barbu : la pratique de la photographie animalière, en plein essor, est identifiée par les associations naturalistes comme une source croissante de dérangement pour la faune sensible, en particulier pour les rapaces en période de reproduction ou d'envol.

 

photographe animalier
La photographie animalière est en plein essor, notamment chez les jeunes. Nombreux sont ceux (comme ici) qui la pratiquent en respectant les bons gestes mais certains n'hésitent pas à s'approcher au plus près au risque de mettre en danger les espèces qu'ils souhaitent immortaliser... © Parc national des Cévennes

 

Sur le terrain, malgré un panneautage d'information conséquent, une surveillance quotidienne assurée par les salariés de la LPO et les agents du Parc national, et une formation dédiée aux photographes proposée par le Parc national des Cévennes et la LPO en mars 2026, ces efforts de prévention ne suffisent pas toujours. 

 

Lâcher de Gypaètes sur l'Aigoual
Lâcher de Gypaètes en 2026 sur l'Aigoual. Des panneaux présentant l'espèce, le programme de réintroduction ainsi que l'importance de respecter la zone de tranquilité ont été positionnés tout autour du site  © Olivier Prohin - Parc national des Cévennes

 

Le dimanche 28 juin, les agents du Parc national ont dû intervenir en urgence auprès d'un jeune photographe positionné au cœur même du site de lâcher, qui est une Zone de Sensibilité Majeure (ZSM), provoquant un envol de panique chez l’un des oiseaux ne maîtrisant pas encore parfaitement son vol. Un second individu dont il était proche, encore non volant, aurait pu se jeter dans le vide sous l'effet de la peur. 

Cette intervention s'est soldée par la verbalisation du photographe.

 

Un cadre légal clair

 

Le Gypaète barbu, comme l'ensemble des rapaces, est une espèce protégée. À ce titre, toute perturbation intentionnelle susceptible de nuire à sa tranquillité constitue une infraction, et peut, selon les circonstances et la gravité des faits, constituer un délit dès lors qu'elle entraîne des blessures ou la mort d'un individu.

 

Aven, femelle immature gypaète barbu
Aven, femelle immature qui avait 3 ans au moment de la photo © Bruno Descaves - Parc national des Cévennes

 

Les agents du Parc national et de l'Office français de la biodiversité disposent, dans ce cadre, de pouvoirs de constatation et, si nécessaire, de saisie du matériel ayant servi à commettre l'infraction. La réponse apportée dépend à chaque fois du contexte : de la simple sensibilisation sur place à la verbalisation, voire à des suites plus lourdes en cas de récidive ou d'impact avéré sur les oiseaux.

 

Une tranquillité à préserver collectivement

 

Le succès de ce programme de réintroduction, engagé depuis plus de dix ans, repose sur un équilibre fragile entre présence humaine et quiétude nécessaire aux oiseaux. Pouvoir observer et photographier ces grands rapaces est une chance, à condition de le faire à bonne distance, sans jamais s'approcher des vires de lâcher ni chercher à provoquer une réaction de l'animal pour la photo.

Chaque site de nidification ou de réintroduction fait l’objet d’une Zone de Sensibilité Majeure, au sein de laquelle il est préconisé de ne pas pénétrer pendant les périodes sensibles.

 

Les Zones de Sensibilité Majeure (ZSM)

 

Nous invitons par conséquent les photographes à concilier leur passion et le respect du vivant pour contribuer à ce que Valat, Viatge, Ventus et Ventalon prennent, cet été, leur envol en toute sécurité.

Pour observer les jeunes gypaètes réintroduits, privilégiez les observations depuis la vallée. Des animations, sorties et points d’observations sont régulièrement organisés par la LPO et le Parc national des Cévennes. 

N’hésitez pas à consulter le programme des animations estivales du Parc national des Cévennes ou l’onglet Évènements du site Internet du Life GYP’ACT pour connaitre la programmation des sorties et animations.

 

Pour aller plus loin :

 


Source URL: https://www.cevennes-parcnational.fr/actualites/le-gypaete-barbu-victime-de-son-succes