Ils sont aussi exceptionnels car les objets et les sites qui les caractérisent témoignent que depuis trois millénaires ces paysages culturels perdurent, indépendamment de l’environnement naturel, économique et social.
Quelle que soit leur nature, minérale, végétale ou agronomique, la préservation et la gestion de la plus grande part de ces attributs sont directement liées à l’activité agro-pastorale. L’adaptation permanente de cette activité aux conditions sociales et économiques ne remet pas en cause les caractéristiques de ce paysage culturel, bien au contraire.
C’est donc la pérennité de l’agro-pastoralisme dans les Causses et les Cévennes qui garantit non seulement l’authenticité mais également l’intégrité de ces paysages.

 

Les systèmes agro-pastoraux

L’agro-pastoralisme des Causses et des Cévennes comprend différents types d’organisation agro-pastorale issus des systèmes traditionnels et fondés totalement ou partiellement sur l’élevage extensif sur parcours.
Dans ces systèmes, les exploitations se trouvaient dispersées dans les villages, les hameaux et les mas isolés. Elles se réduisaient souvent à quelques dizaines de brebis et quelques chèvres qui rejoignaient tous les ans les troupeaux venus des garrigues pour monter à l’estive. C’était la transhumance verticale caractéristique du pourtour méditerranéen. Ces systèmes ont connu des adaptations liées à l’exode rural, à la déprise/reprise agricole et aux modifications dans la maîtrise du foncier qui en ont résulté.

La modernisation des techniques et des modes de vie, puis la mondialisation des économies ont affecté la pratique de la transhumance. Toutefois, malgré la diminution des effectifs et l’augmentation de la taille et des types d’exploitations – allant jusqu’à la constitution d’ensembles de 400 à 600 hectares peu morcelés et plus fonctionnels, les systèmes actuels sont restés très proches des systèmes traditionnels.
· un agro-sylvo-pastoralisme ovin allaitant, pouvant être associé à une autre activité agricole ou agritouristique, valorisant et pâturant divers étages de végétation dans les vallées cévenoles schisteuses et les socles granitiques du massif de l’Aigoual ou du mont Lozère. Ce système est associé à un agro-sylvo-pastoralisme caprin pour la production du fromage Pélardon.
· un agro-sylvo-pastoralisme ovin allaitant valorisant et pâturant diverses structures de végétation caussenardes. Un agro-sylvo-pastoralisme ovin laitier y est associé pour la production de fromage.
· un agro-sylvo-pastoralisme ovin ou bovin allaitant valorisant et pâturant les diverses différentes structures de végétation sur les hautes terres granitiques
· un pastoralisme ovin en transhumance estivale à pied en provenance du Bas-Languedoc (garrigues) et des basses Cévennes, vers les zones d’altitude des socles granitiques et des plateaux caussenards .

Une dynamique agricole nouvelle

Les données des derniers recensements généraux de l’agriculture, et notamment celles de l’année 2000, reflètent le dynamisme de l’activité pastorale, malgré la baisse du nombre d’exploitations agricoles.
Le cheptel ovin compte 350 000 têtes, un effectif en augmentation de 5,4 % depuis 1988, alors qu’il est en baisse sensible sur le plan national.
L’effectif des bovins a augmenté de 60 % avec 28 616 têtes. Celui des équins, excellents débroussailleurs, a également augmenté de 115 % avec 3 336 têtes. En revanche, celui des caprins a chuté de 30 %. Si la surface toujours en herbe (STH) a diminué de 1 %, les terres labourables destinées à la production fourragère ont augmenté de 23 %. Enfin, le pastoralisme transhumant occupe une place toute particulière avec 97 éleveurs et 125 troupeaux totalisant environ 23 500 têtes
Les revenus du pastoralisme sont fréquemment complétés par une autre activité agritouristique ou agricole, comme les cultures fruitières ou maraîchères.

Une fierté et une responsabilité

Être reconnu au patrimoine mondial de l’Unesco constitue un grand honneur pour le territoire, et notamment ses bergers et ses éleveurs. C’est en effet les liens qu’ils ont tissés et l’interaction qu’ils ont toujours su entretenir avec l’environnement naturel qui ont créé, modelé et préservé ces lieux d’exception.

C’est également un atout formidable pour la notoriété et le tourisme qui reste la première activité économique.
Cette distinction est aussi une importante responsabilité. L’Etat s’est engagé à préserver et faire connaître l’agro-pastoralisme et à donner les moyens aux acteurs de continuer à vivre et de prospérer sur ces terres. A travers lui, c’est le Parc national qui s’est engagé pour la partie du Bien qui le concerne, soit les deux tiers. La future charte du Parc national devra en être le document de gestion.