Parc national des Cévennes
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Les zones humides

Drosera dans une tourbière de la plaine vers Camprieu, Bruno DESCAVES, PnC ©
Drosera dans une tourbière de la plaine vers Camprieu, Bruno DESCAVES, PnC ©
Dans les milieux humides, l’eau est le facteur déterminant tant pour le fonctionnement de ces zones naturelles que pour la vie animale et végétale. La submersion des terres, et la composition en matières nutritives de ces secteurs subissent des fluctuations journalières, saisonnières ou annuelles. Ces variations dépendent à la fois des conditions climatiques, de la localisation de la zone au sein du bassin versant et du contexte géomorphologique (géographie, topographie).

Ces fluctuations sont à l’origine de la formation de sols particuliers ainsi que d’une végétation et d’une faune spécifiques. L’abondance des algues, de poissons, d’oiseaux d’eau, et d’autres espèces sauvages, peut ainsi varier dans un même milieu selon la période de l’année.

Au niveau international, la « Convention relative à la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources » (convention de Ramsar, http://www.ramsar.org/fr) a adopté une définition dès 1971 : les zones humides sont « des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres ».

En France, les zones humides ont été définies par la loi sur l’eau du 3 janvier 1992 puis par des textes récents.

Le code de l’environnement définit les zones humides comme « les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année. » (Art. L.211-1 du code de l'environnement)

Il est très important de préserver ces zones (souvent dégradé par l’intervention humaine) du fait de leur rôle dans dans la limitation des crues, le soutient des débits ou encore les capacités d’auto-épuration (traitement de l’eau). En tant qu’habitat naturel, c’est un milieu fondamental : plus de 50 % des espèces d’oiseaux dépendent de ces zones et 30 % des espèces végétales remarquables et menacées en France y sont inféodées. Sur le territoire du Parc, au moins 1 000 ha sont des zones humides, ce qui représente patrimoine naturel exceptionnel principalement sur le Mont Lozère et l’Aigoual !

 

Zoom sur les milieux tourbeux

Le Parc national des Cévennes compte plus de 1 000 zones tourbeuses, situées notamment sur le mont Lozère et le massif de l’Aigoual. Les tourbières marquent la transition entre milieux aquatiques et milieux terrestres. Milieux relictuels de l’époque glaciaire, elles constituent les réservoirs d’une biodiversité très spécialisée et rare. Ce sont des milieux très fragiles.

 

D’immenses éponges

Les milieux tourbeux constituent des éponges immenses et jouent un rôle hydrologique essentiel. Stocker l’eau, soutenir les faibles débits des rivières en été, et alimenter les nappes comptent parmi leurs principales fonctions écologiques. En stockant l’eau, les tourbières limitent l’effet des crues lorsqu’elles ne sont pas saturées. Elles ralentissent les écoulements de surface par rechargement de la nappe phréatique. On parle alors d’effet tampon. Elles contribuent également à la qualité de l’eau par filtration, auto-épuration et piégeage des sédiments.

 

La tourbe, alliance de l’eau et de la terre

Dans les zones tourbeuses, le sol est saturé d’eau en permanence, et donc privé d’oxygène. Or, cet élément est nécessaire aux bactéries et aux champignons responsables de la décomposition et du recyclage de la matière organique. C’est pourquoi la litière végétale s’accumule sous forme de tourbe, sombre dépôt de débris organiques tassés et très peu décomposés.

La tourbe peut contenir de 20 à 97 % de matière organique mal dégradée. Dans ces sols pauvres en éléments nutritifs et peu propices à l’activité biologique, la production de matière organique est donc plus importante que sa décomposition. Au fil des siècles et des millénaires, ceci entraîne l’accumulation de tourbe sur environ 40 cm à plusieurs mètres d’épaisseur

 

Joncs, laîches et sphaigne

La tourbe est surtout constituée de joncs, de laîches et de nombreuses mousses, comme la sphaigne, dont la structure cellulaire originale lui permet de stocker une quantité d’eau égalant jusqu’ à 30 fois son propre poids sec.

Le criquet ensanglanté, plusieurs libellules ou encore la grenouille rousse sont au nombre des animaux qui peuplent les milieux tourbeux

 

Une gestion tout en douceur

Conserver ces milieux fragiles nécessite de maintenir en priorité leur fonctionnement hydraulique naturel et leur faible teneur en éléments minéraux. Le drainage, l’écobuage, la fertilisation, la colonisation par des arbustes et le surpâturage sont à proscrire.