La terre cévenole, sur laquelle au XVIIIe siècle s’ancra la lutte pour la liberté de conscience, donne refuge sous l’occupation allemande à de nombreux juifs et antinazis persécutés. Elle abrite plusieurs maquis dont certains accueillent des déserteurs de l’armée allemande, des républicains espagnols et des réfractaires au service du travail obligatoire, tous engagés dans la résistance active au nazisme.
Au lendemain de mai 1968, les Cévennes sont le théâtre d’un ample mouvement de retour à la nature qui est le fait d’une partie de la jeunesse contestataire animée par le rejet de la ville et la recherche d’une meilleure qualité de vie. Ce flux de population, loin de se tarir, n’a cessé de se poursuivre jusqu’à aujourd’hui. Les recensements de 1975, 1982 et 1999 l'attestent. Grâce à l’installation durable des « néoruraux », certaines communes connaissent une inversion spectaculaire de leur dynamique démographique qui est à l’origine de la réouverture d’écoles ou de classes.
Bio, tourisme et néoruraux
Les caractéristiques de ce renouveau renvoient à l’histoire agricole et industrielle cévenole : il s’appuie sur la mise en valeur des terrasses de culture, sur la multifonctionnalité des exploitations et sur la pluriactivité, traits essentiels de l’économie de montagne, fragile et évolutive. Faisant preuve d’une grande capacité d’innovation, les néoruraux s’investissent dans des activités artisanales, agricoles et touristiques. Voulant rompre avec les modèles imposés de développement rural, ils font le choix de la transformation et de la vente directe, de l’agriculture biologique, des filières de qualité en lien avec le terroir et avec l’entretien du bâti et du paysage, de l’agrotourisme et du tourisme culturel.
Quarante ans après les premières arrivées, les néoruraux se sont intégrés et ont contribué à changer la psychologie collective : pour la jeunesse, l’abandon n’est plus le seul horizon du pays, puisque son économie est en voie de redressement et que son dynamisme associatif et culturel le rend désormais plus attractif. Cette revitalisation pourrait toutefois être freinée par la flambée des prix du foncier qui compromet les projets d’installation alors que la demande de logements et de terres à exploiter n’a jamais été aussi importante.
