Avec une perte de plus des deux tiers de la population, le XXe siècle est pour les Cévennes le siècle de l’abandon. Malgré la diversité des activités agricoles et artisanales, la montagne n’arrive plus à nourrir sa population.

La série de catastrophes qui frappe l’agriculture cévenole débute aux alentours de 1850, avec l’apparition d’une maladie des vers à soie, la pébrine, qui prend une ampleur épidémique et décime les « éducations ». Sauvée de la ruine vers 1875 grâce à l’intervention de Pasteur qui parvient à enrayer le fléau, l’industrie de la soie est victime de l’importation des soies asiatiques, après l’ouverture du canal de Suez en 1869, puis de l’invention de la soie artificielle à la fin du siècle.

A partir de 1871, les châtaigniers sont frappés par l’encre, une maladie due à un champignon mortel, ce qui incite les paysans à vendre leurs arbres aux usines de tanin. La châtaigneraie fruitière disparaît. La reconstitution de la viticulture languedocienne, à la suite du phylloxéra qui sévit durant la décennie 1870, amène une nouvelle vague d’exode rural.

La production de charbon, qui avoisine les 2 millions de tonnes jusqu’à la Première Guerre mondiale et donne du travail à près de 12 000 ouvriers, attire également de nombreux Cévenols.

En 1906, la population ne représente plus que 72% des habitants de 1846. La Grande Guerre accélère le déclin : elle entraîne une surmortalité masculine ainsi qu’une chute de la natalité. En une décennie, la population diminue de 16 %.
La crise des années 30 ne fait qu’aggraver les difficultés de l’économie agricole qui continue à se dégrader entre les deux guerres. Les Cévennes ne comptent plus en 1936 que 46 % de la population de 1846.

La Seconde Guerre mondiale correspond à une période de relative accalmie sur le front économique car la consommation de châtaignes et de soie s’améliore. Mais dès la fin du conflit, les Cévennes traversent de nouvelles épreuves : une maladie, le chancre de l’écorce, touche la châtaigneraie en 1956. La sériciculture disparaît définitivement en 1968 et les industries extractives et textiles connaissent des difficultés croissantes.

Au recensement de 1968, il ne subsiste plus que 30 % de la population de 1850.