On prend souvent comme référence passée le milieu du XIXe siècle car des cartes assez précises de l’occupation du sol ont été réalisées à cette époque (les cartes d’état-major). De plus, cette période correspond au « minimum forestier » pour le territoire des Cévennes.

 

Carte d'état-major de 1850 Forêt du Marquairès
Carte d'état-major de 1850 Forêt du Marquairès - En vert clair les forêts présentes à l'époque - Source IGN


Par comparaison de ces cartes anciennes avec des cartes actuelles, on peut ainsi déterminer quels secteurs sont boisés depuis un siècle et demi.

Les forêts anciennes ne sont pas nécessairement mâtures (composées de vieux bois) : depuis 1850, des coupes ont pu y être réalisées. Ce terme s’attache seulement à la continuité de l’état boisé dans le temps.

Pourquoi ces forêts ont un intérêt pour le Parc national des Cévennes ?

Les forêts du Parc national des Cévennes, du fait de l’histoire du territoire, sont majoritairement récentes. On estime qu’en 1830, seul 1013% du territoire était boisé (contre 70 % aujourd’hui). Ainsi, les forêts anciennes sont assez rares. Or, des études menées sur ces forêts en France ont montré que la continuité de l’état boisé se traduit par une biodiversité singulière.
Le Parc national a pour missions d’améliorer les connaissances sur les richesses du territoire et de les protéger. L’étude des forêts anciennes, éléments remarquables du territoire, s’insère parfaitement dans ce cadre-là.

De plus, les travaux existants sur cette thématique n’ont jamais étudié ces forêts en contexte de moyenne montagne et à une si grande échelle. La situation originale du Parc national des Cévennes est une raison de plus pour s’intéresser à ces forêts.

Où se trouvent-elles ?

13 % du cœur du Parc national des Cévennes sont correspondent à des forêts anciennes (soit 19 % de la surface boisée actuelle).Elles se situent majoritairement dans les secteurs de l’Aigoual et du Mont Lozère.

Carte des forêts anciennes - Antenne Aigoual
Carte des forêts anciennes - Antenne Aigoual
Carte des forêts anciennes - Antenne Mont Lozère
Carte des forêts anciennes - Antenne Mont Lozère
Carte des forêts anciennes - Antenne Vallées Cévenoles
Carte des forêts anciennes - Antenne Vallées Cévenoles

 

Carte des forets anciennes - Antenne Causses - Gorges
Carte des forets anciennes - Antenne Causses - Gorges

 

Quel intérêt écologique ont-elles ?

Anémone des bois (Anémone nemorosa)
Anémone des bois (Anémone nemorosa) - crédit photo L. Molines

 

 

Une étude menée en 2010 sur les forêts anciennes du Parc national des Cévennes a montré la flore particulière de ces forêts anciennes ; certaines espèces y sont plus fréquemment observées qu'en forêt nouvelle. C'est par exemple le cas de l'Anémone des bois, du Conopode ou de la Gesse printanière.

 

 

 

 

 

Conopode dénudé (Conopodium majus)
Conopode dénudé (Conopodium majus) - Crédit photo V. Febvre

 

 

Ces espèces sont communes et typiques d’ambiances forestières. Elles ont un faible pouvoir de dispersion, du fait de graines lourdes et peu nombreuses.

Notons que ces espèces peuvent être observées en forêts récentes : elles y sont simplement moins fréquentes.

 

 

 

 

 

Gesse printanière (Lathyrus vernus)
Gesse printanière (Lathyrus vernus) - crédit photo V. Febvre

 

 

Plusieurs études menées sur ce sujet ont montré qu’une forêt ancienne est particulièrement intéressante écologiquement si elle est en plus mâture ou / et riche en bois mort. En effet, certains organismes (insectes, champignons, lichens) présentent une faible capacité de dispersion, qui les fait dépendre de la continuité de l’état boisé dans le temps, et ont en plus besoin de gros arbres ou de bois morts pour se développer.

 

 

 

Quelle gestion mettre en œuvre dans ces forêts ?

Tout d’abord, il est important de porter à la connaissance des propriétaires et des gestionnaires la présence de forêts anciennes. Le Parc national se propose notamment d’apporter cette information lors de l’établissement des documents de gestion des forêts (Plan Simple de Gestion en forêt privée et aménagement en forêt publique).
De manière générale, maintenir l’état boisé dans ces forêts est essentiel pour les préserver. Ainsi les défrichements de forêts anciennes sont à proscrire. De plus, ces zones intéressantes d’un point de vue de la biodiversité peuvent constituer une base pour la mise en place de secteurs fortement préservés, tels les réserves ou les îlots de sénescence dans lesquels ne se pratiquent plus d’exploitation.
De manière générale, maintenir l’état boisé dans ces forêts est essentiel pour préserver les forêts anciennes. Ainsi les défrichements de forêts anciennes sont à proscrire.
A l’avenir, d’autres études seront à réaliser pour définir plus finement la gestion sylvicole la plus favorable à mettre en œuvre dans ces forêts (effet de l’enrésinement, effet de l’intensité de coupe…). En outre, l’inventaire d’autres espèces pourraient être mené (insectes, lichens, mousses, champignons…), afin d’enrichir les connaissances sur la biodiversité présente dans ces forêts.

 

En savoir + : Mémoire de Vinciane Febvre 2010 "Les forêts anciennes du Parc national des Cévennes - Contribution à l'élaboration d'une stratégie de gestion et de préservation" - Nancy AgroParis Tech-Engref - 139 p.