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La loutre d’Europe (Lutra lutra) avait quasiment disparu des Cévennes dans les années 60.
Elle est réapparue, naturellement, au début des années 90. Aujourd’hui, elle a recolonisé l’ensemble des cours d’eau du Parc.
Ce mammifère semi-aquatique au corps fuselé et aux pattes palmées pèse, à l’âge adulte, de 8 à 12 kg et mesure de 1 à 1,20 m, queue comprise. Sa fourrure est sombre et dense. Sa petite tête est garnie de moustaches longues et fournies, appelées vibrisses, qui lui servent à repérer ses proies sous l’eau, et de petites oreilles collées sur son crâne. Son corps allongé se termine par une longue queue souple et puissante qui lui sert de propulseur et de balancier.
La loutre se nourrit principalement de poissons. Opportuniste, son choix se porte sur les proies les plus faciles à capturer et sur les espèces les plus abondantes : poissons, amphibiens, invertébrés ainsi que des oiseaux et des mammifères. Accusée à tort de détruire les truites, elle consomme en priorité des « poissons blancs », très abondants. Au printemps, la loutre fait de fréquentes incursions dans les tourbières et zones humides, à la recherche des amphibiens rassemblés en cette période pour la reproduction.
Cet animal solitaire a une reproduction faible, avec 1 à 3 loutrons par portée, et tardive, vers l’âge de 2-3 ans. Le taux de mortalité des juvéniles est élevé. Dans la nature, l’espérance de vie de la loutre est de 4-5 ans.
La loutre regagne du terrain mais sa recolonisation de l’hexagone est freinée par divers obstacles : une densité humaine plus forte, une circulation routière plus dense, des cours d’eau en mauvais état écologique.
En raison des menaces qui pèsent sur l’espèce, un plan national d’actions (PNA) 2010-2015 en faveur de la loutre a été mis en œuvre. Le Parc national des Cévennes a contribué à la rédaction de ce PNA qui a notamment pour objectifs de réduire la mortalité due à l’activité humaine, de protéger et de restaurer l’habitat de la loutre d’Europe, d’améliorer la disponibilité des ressources alimentaires dans le milieu naturel et d’améliorer les problèmes de cohabitation entre la loutre et l’aquaculture.
Pourquoi la loutre avait-elle disparu ?
Elle a été intensément chassée pour sa fourrure et détruite parce que ce «mangeur de poissons» était considéré comme un concurrent pour l’homme, mettant en péril la ressource halieutique. La canalisation et la pollution des cours d’eau, l’assèchement des zones humides et la destruction des berges des rivières ont également contribué à son déclin.
Comment expliquer son retour sur le territoire du Parc ?
Tout d’abord, sa chasse est interdite depuis 1972. D’autre part, la relative qualité des eaux de nos rivières garantit une nourriture abondante disponible toute l’année. Enfin, de vastes zones tranquilles permettent aux loutres d’installer leurs catiches (terriers) et gîtes diurnes. Ce sont autant de facteurs favorables à son retour.
Il est rare d’observer une loutre, animal plutôt nocturne. Pour s’assurer de sa présence, il faut partir à la recherche d’indices. En voici quelques-uns.
Les empreintes : on peut les repérer sur les bancs de sable ou l’hiver dans la neige. Cinq petits ronds (les pelotes) terminés chacun par une griffe courte, disposés en arc de cercle autour de la plante du pied.
Les crottes ou épreintes, à l’odeur caractéristique, à la fois douce et marquée ; effluve de miel ou d’huile de lin mélangée à une odeur de poisson. L’épreinte forme un petit amas hérissé composé de restes non digérés : arêtes et écailles de poissons, ou plus rarement d’os de batraciens et de petits rongeurs, poils, plumes… La loutre en dépose, bien en évidence, pour marquer son territoire, le long des berges, sur des pierres ou sur des troncs, à la confluence de rivières et sous les ponts. Sauf au moment de la mise-bas, elle en dépose à l’entrée de ses gîtes.
Les restes de repas : une tête et des pinces d’écrevisses, une peau de crapaud, la queue et les arêtes d’un gros poisson.
Une zone d’herbe humide et aplatie, à proximité de la berge. La loutre s’y roule énergiquement pour se délester de l’eau contenue dans sa fourrure.
Alors ouvrez l’œil !
Midi Libre - édition Lozère - 3 février 2012