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Le karst est une formation géologique calcaire qui donne naissance à un paysage modelé par l’action de l’eau s’infiltrant dans le sol et le sous-sol de certaines régions. Cette eau va dans un premier temps dissoudre la roche puis, dans un second temps, re-déposer cette matière dissoute en créant des formations caractéristiques. Le relief karstique est le paysage caractéristique des causses et notamment du causse Méjean.
Le mot « karst » vient de Kras, en Slovénie, région où ce relief est bien présent. Il fut germanisé en « karst » lors de l’intégration du pays à l’empire austro-hongrois.
La roche calcaire des causses, soluble et perméable, s’érode sous l’action de l’eau chargée de gaz carbonique atmosphérique acidifiant. On parle d’érosion karstique. Aucun cours d’eau ne coule sur ce plateau. L’eau de pluie s’infiltre et dissout la roche. Après avoir traversé le massif calcaire du Méjean à travers fissures et failles, l’eau ressort dans les gorges, au pied du massif et alimente les rivières du Tarn et de la Jonte.
Le relief karstique résulte à la fois de la dissolution et du ruissellement de l’eau en surface et du creusement de réseaux souterrains en profondeur.
En surface, on observe des reliefs aux formes spectaculaires comme les plateaux caussenards et les gorges. Le ruissellement donne naissance à différentes formes parmi lesquelles on peut citer les lapiaz ou lapiés, les chaos dolomitiques et les reliefs ruiniformes. Les lapiaz sont des rigoles de dissolution. La roche est dentelée. Parfois ces fines lamelles de roches sont extrêmement coupantes. Des plantes peuvent s'y installer, sinon ces lapiaz sont totalement stériles. Les chaos et les ruines sont des accumulations de blocs, quelquefois énormes et souvent profondément dégagés par l'érosion. Les paysages karstiques sont caractérisés par des formes d’érosion de surface : doline, lavogne, lapiaz, aven, paysage ruiniforme…
En profondeur, l’action de l’eau occasionne la création de grottes et de galeries. Après avoir dissout la roche, les eaux de ruissellement vont re-déposer cette matière dissoute et créer des formations souterraines étonnantes : stalagmite, stalactite, draperie…
En Lozère, les causses offrent des grands sites naturels karstiques extraordinaires. Depuis la fin du XIXe siècle, trois cavités exceptionnelles ont été découvertes par le père de la spéléologie française : Edouard-Alfred Martel. Avec son contremaître et ami, Louis Armand, il a permis l'ouverture au public de ces sites extraordinaires dès les années 1890.
L’aven Armand, Dargilan et Bramabiau
Dans l’immense salle souterraine de l’aven Armand, où il est dit que l’on pourrait loger Notre-Dame de Paris, on peut observer 400 stalagmites façonnées par la nature au cours des millions d'années. Découvert sur le causse Méjean en septembre 1897, ce site est exploité depuis 1927. La formation de l'aven Armand et de ses stalagmites si particulières fait intervenir des phénomènes naturels liés à l'évolution dans le temps du milieu karstique : le creusement d'une cavité et son remplissage partiel par des concrétions.
Le dédale souterrain de Dargilan, aménagé la première fois en 1890, fit de « la grotte rose » la première grotte ouverte au public. On y trouve une grande variété de concrétions et une coulée de calcite unique au monde (2 000 m² d'un seul tenant).
Considéré comme le véritable berceau de la spéléologie française, Bramabiau est un site étrange, véritable canyon souterrain au fond duquel coule le Bonheur.
Nîmes-le-Vieux
Ce site ruiniforme a été baptisé ainsi en 1908 par son découvreur, Paul Arnal, pasteur à Vébron, par analogie avec le chaos de Montpellier-le-Vieux, un site similaire découvert 25 ans plus tôt par Edouard-Alfred Martel.
Depuis des millénaires, l’érosion sculpte des formes étranges et fantastiques dans le calcaire dolomitique. Ce chaos de rochers ruiniformes a été taillé dans le calcaire et la dolomie par l'eau, le gel, le soleil et le vent. Selon l'inspiration, on peut y reconnaître la marmite de Gargantua, le lion, ou encore les arènes d’une mystérieuse cité.
Ce que les enfants doivent savoir : Edouard-Alfred Martel, l’inventeur de la spéléologie moderne
Edouard-Alfred Martel, né en 1859, se passionne très tôt pour la géographie et les sciences de la nature. Il s'engage pourtant dans une carrière de juriste. Ce qui ne l'empêchera pas de pratiquer ses activités d'exploration souterraine.
En 1883, il découvre les Grands Causses, la beauté majestueuse des gorges et son mystérieux monde souterrain. Dès 1888, il révèle les prestigieuses stalactites de la grotte de Dargilan (Lozère) et signale dans celle de Bramabiau (Gard) la première rivière souterraine. La spéléologie était née.
Dès lors, il n'aura de cesse d'explorer tout ce qu'il qualifie de « nouvelles étrangetés » mais aussi de les faire connaître par ses publications et les rendre accessibles au public, en encourageant des aménagements touristiques adaptés. De 1888 à 1893, il explore 230 abîmes ou cavernes. En 1889, il publie un recueil d’observations intitulé Les Cévennes.
Il est reconnu aujourd'hui comme le père de la spéléologie. Il a aussi concouru à une meilleure connaissance des systèmes d'écoulement de l'eau. De plus, prouvant la contamination des eaux dans les régions dépourvues de sables filtrants, il contribue à une loi relative à la santé publique, interdisant le jet des animaux morts et d'ordures dans les abîmes ou pertes de rivières. Dès lors, la fièvre typhoïde diminue de trois quarts en France.
Midi Libre - édition Lozère - 6 janvier 2011