Pêche électrique 2

Pêches électriques du CSP48 sur l'Alignon, automne 1998. (Photo JF Didon)

Pêche électrique 1

Pêches électriques du CSP 48 sur l'Alignon, automne 1998. (Photo JF Didon)

Contexte du lancement de l'étude intégrée sur le basssin versant du Haut-Tarn

Suite à des craintes d'acidification du milieu, il a été décidé de réaliser une étude intégrée sur le bassin versant du haut Tarn au niveau hydrologique, hydrochimique et hydrobiologique. Dans le cadre de l'étude intégrée, une étude piscicole de la Goudesche et de l'Alignon a été réalisée par le Conseil Supérieur de la Pêche - Lozère de 1998 à 2002. (BEAUDOU et FOISSY, 2003). [89]

Etat des connaissances sur le type de peuplement et l'importance des zones apicales.

Le haut bassin du Tarn, au niveau du Mont-Lozère, accueille des peuplements piscicoles composés exclusivement de truites fario (LAMY et MYKOLASEK, 1978).
Les têtes de bassin sont particulièrement importante en gestion piscicole car elles constituent des zones de frayère et de nurserie privilégiées (MAISSE et BAGLINIERE, 1991).

Résultat des prospections électriques sur 3 sites de 1998 à 2001.

Site Croissance Abondance Potentiel de reproduction
L'Alignon pont de l'Aubaret (amont) Très lente Forte à moyenne Faible
L'Alignon passage à gué (aval) Moyenne Moyenne Moyen
La Goudesche Lente Moyenne à inférieure Faible

Résultat des prospections électriques sur 2 sites en juillet 2002.

Site Abondance globale Recrutement
Le valat de Jouc Moyenne Faible
L'Alignon pont de l'Aubaret (amont) Forte Moyenne

Influence du contexte hydrologie et hydrochimique sur les peuplements piscicoles

Effet de l'hydrologie

L'hydrologie impose des contraintes à la dynamique des populations de truites notamment durant la période critique de l'émergence, après quoi ce sont surtout les interactions au sein de la cohorte qui contrôlent la densité des 0+ (0+ = individu dans sa première année). (CATTANEO et al., 2002).

Truite fario

Salmo trutta Truite fario (CSP)

Les crues, suivant leur amplitude et leur occurrence, peuvent favoriser la fraie (les crues d'automne vont décolmater les frayères et favoriser la remontée des géniteurs) ou au contraire réduire la survie des œufs et des alvins (crues de fin d'hiver ou de printemps). [89]
Les étiages sont une période particulièrement critique pour les populations de poissons car les zones d'abris se limitent et le milieu se réchauffe. La truite fario a pour habitat des cours d'eau aux eaux fraîches et bien oxygénées, entre 5 et 14°C et n'excédant pas 21°C (température maximale viable).

Acidification et toxicité

L'acidification des sols peut entraîner une libération d'aluminium, lui-même toxique. PROBST et al (1990) ont mis en évidence sur 39 ruisseaux vosgiens des seuils de toxicité de 5,4-5,6 pour le pH et de 200 ppb/l pour l'aluminium [89].

toxiciteTruite
Les ronds noirs représentent les ruisseaux sans truite, les ronds blancs les ruisseaux peuplés.
Le nombre de truites pêchées sur 50 m de ruisseau (« p » signifiant présence) est indiqué ainsi qu’en hachuré les seuils de toxicité apparents.
Source : [89].

Les valeurs de pH observées par le CNRS pour les plus forts débits mesurées sont de 5,67 pour le ruisseau de Cloutasses, 5,46 pour l'Alignon au pont de la Baraquette et 5,76 pour la Goudesche. Ces valeurs sont supérieures à celles pouvant induire des effets négatifs sur les peuplements piscicoles. [89]

Conclusion de l'étude intégrée sur le bassin versant du Haut-Tarn

Les abondances des populations de truite observées au cours de cette étude sont cohérentes avec le type de milieu considéré (tête de bassin, faible productivité...). Il n'a pas été mis en évidence d'évolution significative par rapport aux données antérieures disponibles sur le site (inventaires de 1977 et 1978 réalisés par LAMY et MIKOLASEK), que ce soit au niveau des abondances globales ou du stock disponible pour les pêcheurs. [89]

Préconisation de gestion des ressources piscicoles

Un Plan Départemental pour la Protection du milieu aquatique et la Gestion des ressources piscicoles (PDPG) a été réalisé pour le Département de la Lozère en novembre 2006 (voir bibliographie en bas de page). Les recommandations présentent dans ce document de synthèse sont prises en compte au niveau local dans les Plans de Gestion Piscicole (PGP) des AAPPMA et de tout détenteur du droit de pêche comme prévu par l'article L.233-3 du code rural.
En résumé, le PDPG fait état du contexte piscicole du « Tarn amont » :

  • un état fonctionnel BON,
  • un contexte considéré comme CONFORME,
  • une gestion de type PATRIMONIALE (pas d’alevinage) préconisée

La fédération de pêche (FDPPMA) et les AAPPMA favoriseront les actions utiles à la préservation et à l'amélioration du milieu et du peuplement en place. A savoir :

  • L'entretien raisonné du cours principal et des têtes de bassin,
  • La préservation des zones humides,
  • La protection contre :
    • Les apports excessifs de nutriments,
    • Les rejets ponctuels
    • La plantation de résineux,
    • Les prélèvements d'eau excessifs notamment en période d’étiage,
    • La construction de plan d'eau en 1ère catégorie.
    • Le piétinement bovin

Situation de la pêche au niveau du bassin versant du Haut-Tarn

Témoignage de François ALBRECHT (président de l'AAPPMA du Pont de Montvert)

"Nous nous sommes très vite rendu compte que le secteur était fragile et que nous devions gérer nos populations de poissons afin de créer un sanctuaire pour la truite fario du Mont Lozère.
Dès 1998, l'APPMA du Pont de Montvert a pris des mesures restrictives :

  • fermeture plus précoce à l'automne et 3 jours de fermeture dans la semaine.
  • préservation des géniteurs et des zones de frayères : taille minimale à 20 cm (au lieu de 18 cm), mise en réserve des têtes de bassin en rive droite du Tarn.
  • en 1999, la taille légale de capture passe de 18 à 20 cm pour l'ensemble des cours d'eau du département. Tarn de sa confluence avec le Rieumalet jusqu'à sa confluence avec le Tarnon, notamment, taille limitée à 23 cm.
  • En 2008, mise en place du Parcours Patrimonial dans la plaine du Tarn. Mise en place de carnet de présence et de prise afin de collecter des données sur les populations piscicoles.

Les recherches menées sur les Bassins Versants Recherche Expérimentation nous aident à comprendre le fonctionnement des écosystèmes et cela nous guide dans nos choix de gestion."

 

PARCOURS Photo CB Parcour HALIEUTIQUE PATRIMONIAL DES SOURCES DU TARN 013, Christian Bertrand

Parcours halieutique patrimonial des sources du Tarn, avril 2008. (Photo C. Bertrand)

Une approche patrimoniale de la gestion halieutique

Une réglementation spécifique a été mise en place concernant le "parcours halieutique patrimonial des sources du Tarn" créé depuis l'ouverture de la pêche en mars 2008:

  • Limites sur le Tarn : du pont de Mas Camargue à la prise d'eau de Masméjean (barrage de Caguefer) ;
  • Limites sur la Vérié : de la confluence avec le ruisseau du Fanguet à la confluence avec le Tarn.
  • Conditions d'accès : pêche à la mouche fouettée uniquement avec ardillon écrasé ; carte journalière gratuite obligatoire (à retirer chez tous les dépositaires de l'AAPPMA) ; obligation de compléter le carnet de capture remis avec la carte journalière ; nombre de capture autorisé: 1 (un) par jour et par pêcheur) ; taille de capture : 25 cm.

L'AAPPMA de la Haute Vallée du Tarn (Pont de Montvert) va plus loin que la réglementation départementale en précisant ce qui suit :
Cours d'eau concernés :

  • Tarn et affluents, de la source jusqu'au village de Bédouès.
  • Luech et Gourdouse sur le secteur de Vialas ;

Réglementation spécifique :

  • 5 (cinq) poissons par jour ;
  • fermeture générale au 31 août ;
  • sur les parcours "sans tuer", la pêche est autorisée tous les jours de la semaine.

La pêche, un attrait touristique

« A condition de préserver nos milieux aquatiques, le tourisme de pêche a un bel avenir devant lui. Les citadins recherchent plus de belles journées de pêche, dans les rivières sauvages du Haut Tarn, que de remplir leur panier de truites ». Témoignage de Bernard MAZOYER, membre de l'AAPPMA et gérant d'un Hôtel au Pont de Montvert.

Les amoureux de la pêche à la mouche font passer l'info

"Tarn, Retour aux sources", Un article de la revue Pêche Mouche de juillet-août 2008 fait état du dynamisme de l'AAPPMA de la haute vallée du Tarn et présente le parcours halieutique patrimonial du haut Tarn.

Pour en savoir plus

Mode de vie de la truite fario : www.fnh.org/naturoscope

Site de la fédération de pêche de Lozère : www.lozerepeche.com

Site de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques : www.onema.fr

Base de données nationale sur les populations de poissons : www.image.csp.ecologie.gouv.fr

Revue Pêche Mouche : "Tarn, Retour aux sources", Pêche Mouche n° 67-juillet-août 2008. p. 48-52.

Bibliographie

LAMY, MIKOLASEK (1978) – Etude hydrobiologique des cours d'eau de l'unité régionale "mont Lozère – Bouges Nord". Parc national des Cévennes, doc. n°XII, 99 p. + annexes et bibliographie.

[5] : BAUDIER O. (2000) - État actuel des populations salmonicoles de deux cours d'eau du haut Tarn, un bassin versant fragile. Mémoire de Maîtrise, Université Montpellier II, Édit. DR8 du Conseil Supérieur de la Pêche, 12 p. + annexes.

[89] : BEAUDOU D. et FOISSY J.M. (2003) - Étude piscicole de la Goudesche et de l'Alignon, affluent du Tarn (Lozère) : bilan des campagnes 1998 à 2002. Contribution à l'étude intégrée du bassin versant du haut Tarn. Rapport final pour le Parc national des Cévennes, l'Agence de l'Eau Adour­Garonne et la DIREN Languedoc-Roussillon, 32 p.

Fédération de la Lozère pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (2006) – Plan départemental pour la protection du milieu aquatique et la gestion des ressources piscicoles – Département de la Lozère. Document de synthèse et Dossier Technique "Bassin du Tarn".