Prélèv algues (Coste)

Michel COSTE (Cemagref de Bordeaux)
Prélèvement en amont du pont de la Baraquette, printemps 2000. (photo JF DIDON)

Il existe 6 familles de micro-algues d'eau douce : les chlorophycées, les diatomées, les chrysophycées, les dinophycées et les cyanobactéries.

Photos de diatomées

"Il est peu d'objets plus admirables que les délicates enveloppes siliceuses des Diatomées"
Charles Darwin, 1859.

Mise en garde : Les diatomées présentent ci-dessous ne sont pas celles présentent dans la flore particulière du parc des Cévennes, certaines sont mêmes d'origine marine. Elles sont là pour le seul plaisir des yeux.

Actinocyclus octonarius Diploneis coffeaeformis
Diploneis fusca Diploneis bombus

Photos issues du site www.diatomloir.eu (Consulté le 30.06.08).

Diatomées, faisons connaissance

Les diatomées sont des algues microscopiques unicellulaires, identifiables à la forme de leur squelette fait de silice, appelé frustule. Omniprésentes dans nos rivières et nos lacs, il existe plus de 7 000 espèces de diatomées dans les eaux douces ou saumâtres. Leurs associations et leur diversité dans un relevé reflètent les conditions environnementales. Elles intéressent le gestionnaire des systèmes aquatiques car elles renseignent sur la qualité des eaux, ainsi que sur les altérations provoquées par l’homme : acidité, salinité, niveau et nature des pollutions organiques, pollution par les engrais et eutrophisation. Elles apportent des informations plus intégrées et plus fiables que les analyses chimiques, trop instantanées. Mais il faut maîtriser leur classification, en évolution permanente : plus de 400 nouveaux taxons sont décrits chaque année.
Les diatomées sont aujourd'hui utilisées en routine dans la mesure de la qualité des eaux de la plupart des pays d'Europe, mais également aux États-Unis, au Canada, etc…
En France, l'IPS -Indice de Polluosensibilité Spécifique - a été développé par M. COSTE en 1982. Puis l’Indice Biologique Diatomées (IBD), pratique et utilisable partout, est mis au point en 1996 par le Cemagref à la demande de l'Inter-Agences. Il s’appuie sur 209 espèces et sur leur répartition à l'intérieur de sept classes de qualité d'eau définies à partir de quatorze paramètres physico-chimiques usuels. L'IBD fait l'objet d'une norme AFNOR (2000) NF T90-354.
Texte issu de www.cemagref.fr

Diatomées Planche générale

source : www.cemagref.fr

L'étude des diatomées, une composante de l'étude intégrée sur le bassin versant du Haut-Tarn (1999-2002)

Les relevés de terrain

Neuf campagnes d'échantillonnage ont été réalisées, le plus souvent en périodes d'étiage, au printemps et au cours des étés 2000 à 2002. Un réseau de 17 sites de terrain des bassins versants de l'Alignon et de la Goudesche (en amont du pont de la Baraquette) ont fait l'objet d'un suivi physico-chimique et floristique soit au total 62 échantillons prélevés d'avril 2001 à juillet 2002.

Exploitation des données

  1. Les sites ont été classées en 4 groupes en fonction de leurs caractéristiques environnementales.
  2. Pour chaque groupe, les caractéristiques floristiques principales ont été décrites et analysées.

L'interprétation des résultats d'inventaire a fait appel à la fois à l'IPS -Indice de Polluosensibilité Spécifique et à l'IBD - Indice Biologique Diatomées.

Conclusion de l'étude intégrée (volet diatomées)

Dans les secteurs bien éclairés, les Chlorophycées apparaissent en périodes d'étiage estival avec parfois des Cyanophycées comme durant l'été 2000.
La qualité biologique du milieu s'est avérée le plus souvent bonne à excellente tout au long de l'année. Les notes d'indice oscillent entre 17/20 et plus de 19,5/20.
Les communautés diatomiques semblent stables malgré les épisodes hydrologiques auxquels elles sont soumises. (COSTE, TISON, DELMAS, 2004). [95]

Recommandations de gestion

La formulation de recommandations au niveau de la gestion reste donc restreinte dans ce contexte relativement préservé où les cours d’eau, malgré quelques altérations et un certain enrichissement amont-aval, restent des situations de référence ou pseudo-référence au niveau national. Il faut simplement renforcer la vigilance durant les périodes les plus critiques (basses-eaux estivales) pendant lesquelles peuvent survenir l'assèchement de certains affluents et une forte réduction à peu près générale des débits en même temps qu’intervient l’accroissement de la fréquentation touristique. Pourrait être envisagée la mise en place de quelques aménagements ciblés destinés à intercepter des sources de pollutions localisées, peu préoccupantes en périodes de débits soutenus mais un peu plus déclassantes en période estivale (conjonction de faible dilution et de températures plus élevées). [95]

Cyanobactéries et mortalité canine

En nous écartant légèrement de notre zone d'étude, plus à l'aval sur le Tarn, une portion de rivière fait parler d'elle depuis 2002.
« Été 2002, 26 chiens atteints, 20 morts ; été 2003, 11 chiens atteints, 6 morts. Dans cette macabre comptabilité, n’entre pas la faune sauvage. Été 2004, RAS ; été 2005, lundi 27 juin, un chien de type Border Collie se baigne dans le Tarn, au « Rozier », et meurt en 1h15. Les analyses révèlent la cause du décès : cyanobactéries produisant des toxines « attaquant » le foie ou les centres nerveux. Juste une semaine auparavant, des soupçons avaient porté sur le comportement d’un labrador présentant des troubles de la locomotion et une hyper salivation mais pas de convulsions. »
(Source : Lozère nouvelle du 1er Juillet 2005).

Résumé des faits, pistes d'explications et mesures prises

Les animaux atteints ont tous été en contact avec l'eau du Tarn sur le tronçon St Enimie - Rozier (gorges du Tarn) et présentaient des troubles neurologiques allant de tremblement aux convulsions, coma puis mort dans la plupart des cas. Les prélèvements d'eau effectués ont révélé la présence de cyanobactéries.
Les proliférations de cyanobactéries sont favorisées notamment par l’eutrophisation des plans d'eaux (abondance des nutriments tels que phosphore, et azote dans une moindre mesure), une faible agitation du milieu et une température de l'eau plus forte (période estivale et début de l'automne).
Depuis ces événements, un réseau de surveillance accrue de la qualité des eaux du Tarn est en place. La DDASS se charge de l'évaluation du risque sanitaire, et le SAGE a intégré une mesure de suivi du développement des cyanobactéries.

En savoir plus

Pour en savoir plus sur les diatomées (Cemagref) : www.cemagref.fr

Présentation de l'IBD (Indice Biologique Diatomées) : www.paca.environnement.gouv.fr

Pour en savoir plus sur les cyanobactéries (association au et rivières) : www.eau-et-rivieres.asso.fr

Bibliographie

[6] : BRUNEL A. (2000) - Évaluation de la qualité des eaux de 39 stations du Bassin Adour-Garonne à l'aide des communautés de Diatomées benthiques. Rapport de stage de DESS, Université de Franche Comté.
[12] : LE GUELLEC G. (2002) - Comparaison des assemblages diatomiques présents dans les tubes digestifs des éphéméroptères heptageniidae, avec ceux prélevés sur le substrat de manière standardisée (norme IBD). Mémoire de DESS, Université de Pau et des Pays de l'Adour, Édit. Cemagref, 35 p. + annexes.
[45] : TISON J., GIRAUDEL J.L., PARK Y.S., COSTE M. et DELMAS F. (2005) - Classification of stream diatom communities using a self-organiszing map. In : Modelling community structure in freshwater ecosystems, S. LEK, M. SCARDI, P.F.M. VERDONSCHOT, J.P. DESCY et Y.S. PARK édit., Édit. Springer, p. 304-316.
[66] : TISON J., COSTE M., DELMAS F., GIRAUDEL J.L. et LEK S. (2003) - Typologie des assemblages diatomiques du bassin Adour-Garonne (France) par l'utilisation combinée d'un réseau artificiel de neurones (Algorithme de Kohonen) et de l'indice de structuration. Actes du 21ème Colloque de l'ADLaF (Nantes, 2002), Édit. Soc Sci. Nat. Ouest Fr., 2ème Suppl. Hors série, p. 216-229.
[95] : COSTE M., TISON J. et DELMAS F. (2004) - Étude intégrée des ressources en eau et des fonctionnements hydrobiologiques sur le bassin versant du Haut-Tarn. Volet d'étude "Communautés diatomiques de l'Alignon et de la Goudesche". Rapport final pour le Parc national des Cévennes, l'Agence de l'Eau Adour­Garonne et la DIREN Languedoc­Roussillon, Étude Cemagref n° 138, 20 p. + planches photos + annexes. télécharger (1170ko)