Fosse à sédiments

Philippe-Bernard ALLÉE, curage de la fosse à sédiments du bassin versant des Cloutasses, été 1991. (photo J.F. DIDON).

L'arrêt des érosions massives par la plantation forestière

À la suite de défrichements qui ont pris une grande ampleur dès le Haut Moyen Âge et du développement d'une intense activité pastorale, les sols du Mont-Lozère ont subi une très forte érosion mécanique jusque vers la fin du XIXème siècle. La déprise rurale qui s'est amorcée à cette époque a permis la reconquête des versants par la végétation : le genêt occupe les secteurs encore épisodiquement écobués et pâturés, alors que la forêt a pris une grande extension, par progression naturelle du hêtre ou sous l'effet de plantations de résineux (programme RTM). Cette évolution a entraîné le blocage des phénomènes d'érosion mécanique. La plupart des anciennes ravines sont maintenant envahies par la végétation et ne sont plus actives sur le plan érosif (ALLÉE, 1999). Il faut se réjouir de cette situation, les sols et les formations superficielles constituant un capital extrêmement précieux. (MARTIN, 2003) [93].

Les travaux de recherche sur l'érosion mécanique des sols comprennent une approche historique (ALLÉE, 2003) [14] ainsi qu'une étude de l'impact de la coupe à blanc du bassin de la Latte sur les phénomènes d'érosion.

La coupe à blanc n'a activé qu'une érosion très localisée

Carte-BV-la-Latte-2

Le bassin versant de la Latte. Source (MARTIN et al., 2004) [68].

Suite aux opérations d'enrésinement effectuées dans les années trente, le couvert végétal associait une pessière (17 ha) à une lande. Mais une attaque parasitaire des épicéas a conduit l'O.N.F. à pratiquer une coupe à blanc de la pessière à partir de l'été 1987 (35 % de la pessière débardée en 1987, 65 % en 1988, 100 % en 1989 – COSANDEY, 1993). En 1989, les branchages ont été mis en andains. Les grumes ont été tirées jusqu'à une piste forestière préexistante par un tracteur, ce qui a provoqué la création de cinq chemins de débardage tracés le plus souvent selon la ligne de plus grande pente. Le grumier qui a évacué les troncs par la piste forestière, y a créé de profondes ornières (MARTIN et DIDON-LESCOT, in [82]).

Ecoulement préférentiel (sec)
Ecoulement préférentiel (ruisselement)
Chemin de débardage ouvert lors de la coupe à blanc du BV de la Latte. Automne 1988 (photo J.F. DIDON).

Principales observations

Les anciennes ravines cicatrisées sous la forêt n'ont pas été réactivées à la suite de la coupe. De même, le ruissellement diffus sur les versants n'a pas manifesté beaucoup d'efficacité, la litière et les débris végétaux accumulés sur le sol lui assurant une bonne protection. L'érosion s'est exercée essentiellement au détriment des chemins de débardage et de la piste forestière : plusieurs ravines, profondes de 0,3 à 1,2 m, se sont formées en fonction de la pente, du stock meuble disponible, et de l'alimentation en eau. Les principales ravines se sont développées là où les chemins de débardage, en recoupant de petites nappes perchées, peuvent se transformer en drains pendant les pluies. Les chemins forestiers, qui fournissent la quasi-totalité du matériel érodé, n'occupent que 0,9 ha, soit 5 % seulement de la surface déboisée. Leur dégradation s'est limitée presque exclusivement à leur partie inférieure, ouverte dès la première année. MARTIN et DIDON-LESCOT, in [82].

Résultats des recherches menées sur les terrains granitiques déboisés du bassin de la Latte

  • D'une part, l'érosion en nappe est négligeable, le ruissellement diffus ayant beaucoup de mal à se développer sur des sols extrêmement perméables. Les débris végétaux laissés sur le sol à la Latte constituent en outre des protections efficaces, à la fois contre le splash et contre d'éventuels ruissellements localisés.
  • D'autre part, en l'absence de ruissellement superficiel généralisé sur les versants en pente forte, la formation de nouvelles ravines ou rigoles ne peut se réaliser sans que des chemins de débardage nouvellement ouverts fournissent des exutoires à des nappes temporaires constituées pendant les pluies. Sur ces chemins, comme sur les pistes, le ruissellement, et par voie de conséquence l'érosion, sont favorisés par le tassage des matériaux sous le poids des engins. (MARTIN et al., 2004) [68].

Prescription pour la conduite de l'exploitation forestière

Sur granite, lorsque les arènes sont épaisses et les pentes faibles, les contraintes sont légères : éviter les traitements trop agressifs (donc en eux-mêmes érosifs), laisser sur le sol des débris végétaux assurant un rôle protecteur, éviter de créer des discontinuités trop marquées (excavations, tranchées, talus de pistes) susceptibles de servir d'exutoires à des nappes temporaires.
Sur pentes fortes (au delà de 25 %), ces précautions doivent être appliquées avec une plus grande rigueur. Il s'agit essentiellement d'empêcher le déclenchement d'une incision linéaire et la formation de rigoles et de ravines. Dans la mesure du possible, le tracé des chemins de débardage doit éviter les zones susceptibles de se saturer en eau lors des pluies. MARTIN et DIDON-LESCOT, in [82].

Bibliographie

BOUDJEMLINE D. (1987) - Susceptibilité au ruissellement et aux transports solides de sols à texture contrastée. Thèse de 3ème cycle, Université d'Orléans, 264 p.
BOUREGHDA S. (1988) - Influence des caractéristiques physiques (texture, état de surface) de divers sols à végétation naturelle ou cultivés sur leur susceptibilité au ruissellement et à l'érosion. Thèse de 3eme cycle, Université d'Orléans, 255 p.
BERNARD-ALLÉE Ph., COSANDEY C. (1991) - Conséquences d'une coupe forestière sur les bilans hydrologique et sédimentaire : le bassin versant de la I.atte, Mont-Lozère. Physio-Géo, 21, p. 79-94.
COSANDEY Cl. (1993) - Conséquences hydrologiques d'une coupe forestière : le cas du bassin de la Latte (Mont Lozère, France). "Hommages à R. Frécaut", Presses Univ. de Nancy, p. 355-363.
ALLÉE Ph. (1999) - Rythmes saisonniers et annuels du ravinement sur les hautes terres granitiques
cévenoles. L'exemple de la ravine de l'Aubaret (Mont-Lozère, France). In : "Les bassins versants
expérimentaux de Draix, laboratoire d'étude de l'érosion en montagne", Cemagref Editions,
Coll. Actes de Colloque, p. 119-128.
[14] : ALLÉE Ph. (2003) - Dynamiques hydrosédimentaires actuelles et holocènes dans les systèmes fluviaux de moyenne montagne (Limousin, hautes Cévennes, Maures). Mémoire d'HDR, Dossier scientifique, Université de Limoges, 451 p.
[68] : MARTIN C., ALLÉE Ph., DIDON-LESCOT J.F. et COSANDEY C. (2004) - Impact des coupes forestières sur les phénomènes d'érosion hydrique sur le versant sud du Mont-Lozère (France). Bull. Réseau Érosion, n° 22, Actes du colloque "Gestion de la biomasse, érosion et séquestration du carbone" (Montpellier, septembre 2002), 1 : Érosion du carbone, p. 324-335. télécharger (280ko)
[76] : ALLÉE Ph., MARTIN C., DIDON-LESCOT J.F. et COSANDEY C. (2002) - Impact des coupes forestières sur les phénomènes d'érosion hydrique sur le versant sud du Mont-Lozère (France). Livre des résumés du colloque "Gestion de la biomasse, érosion et séquestration du carbone" (Montpellier, septembre 2002), p. 27.
[82] : LAVABRE J. et MARTIN C., avec la collaboration de DIDON-LESCOT J.F. (1999) - Appréciation de l'impact des coupes forestières sur l'hydrologie et l'érosion des sols. Cas de la forêt d'Altefage (commune de Pont-de-Montvert - 48). Rapport à la DDAF de Lozère, Édit. Cemagref, Aix-en-Provence, 38 p. télécharger (1000ko)
[93] : MARTIN C., sous la direction de (2003) - Contribution d'une étude intégrée du BVRE du Mont-Lozère à la connaissance des milieux "naturels" du Tarn amont. Dossier pour le SMAGE du Tarn amont, Commission des milieux naturels, 8 p.