L'évolution du climat peut être abordée à travers l'analyse de plus de 25 années de relevés météorologiques effectués sur les bassins-versants expérimentaux du Mont Lozère.
Le climat du Mont Lozère subit des influences à la fois méditerranéennes, océaniques et montagnardes.

Station météo La Vialasse

Station météorologiques de La Vialasse. (photo J.F. DIDON-LESCOT)

Les températures, une évolution à la hausse, surtout au printemps

Les températures sous abri sont mesurées depuis novembre 1982 à La Vialasse (commune de Saint-Maurice-de-Ventalon) à 1290 m d'altitude.
Le graphique des variations des température journalières de l'air sous abri à La Vialasse nous permet d'observer de plus rares et brèves descentes des températures sous 0°C ces dernières années. Les hivers rigoureux étaient plus nombreux au début des années 80.

Température-81-01

Source : (DIDON-LESCOT et MARTIN, 2007), données non publiées.

La température moyenne annuelle à la station de La Vialasse a augmenté de 0,67 °C en 25 ans. Si l'on considère un gradient d’altitude de 0,44 °C/100 m (c'est à dire que la température moyenne s'abaisse de 0,44°C chaque fois que l'altitude augmente de 100 m), l'augmentation constatée de 0,67 °C en 25 ans correspond à un différentiel altitudinal de 150 mètres.

Temperatures-annuelles-Vialasse-depuis-1981

Source : (DIDON-LESCOT et MARTIN, 2007), données non publiées.

La température moyenne annuelle française (moyenne mobile sur 15 ans de 66 stations météo françaises homogénéisées) a augmenté de 1°C (Source : Météo-France, 2007). Par ailleurs l'évolution de la température sur l'ensemble du 20ème siècle permet de constater que le phénomène de réchauffement s'est accéléré depuis le début des années 80 (début des données sur le site du mont Lozère).

Temperature-france

Source : Météo-France, 2007.

A l'échelle saisonnière, l'évolution des températures est surtout marquée au printemps (mars à mai) où la température a augmenté de 2°C en 25 ans.

Temperatures-saisonnieres

Source : (DIDON-LESCOT et MARTIN , 2006), données non publiées.

 

La pluviométrie, pas de tendance nette

La pluviométrie est mesurée à La Vialasse depuis 1981.
Aucune tendance ne se dégage mais les variations d'une année sur l'autre sont fortes.
Pour la pluviométrie annuelle, les valeurs extrêmes enregistrées à La Vialasse sont de 1064 mm en 1985, et de 3381 mm en 1996 pour une moyenne d'environ 2000 mm.

Pluvio-vialasse-(1981-2007)

Précipitations annuelles à La Vialasse (1982-2007)
Source : (DIDON-LESCOT et MARTIN, 2007), données non publiées.

Des observations météorologiques sur 100 ans sont disponibles au Pont-de-Montvert, station Météo France recevant en moyenne 1/3 de précipitation en moins qu'à La Vialasse mais avec les même variations chronologiques. Il en résulte que les vingt dernières années correspondent à une période très contrastée d'un point de vue pluviométrique. Pour les moyennes sur dix ans : 1981-1990 est la décennie la plus sèche (déficit de 15 % par rapport à la moyenne), tandis que 1991-2000 est la plus arrosée (excédent de 10%). (DIDON-LESCOT et MARTIN, 2006), données non publiées.

 

Des précipitation neigeuses plus faibles

Les précipitations neigeuses sont mesurées depuis 1983 grâce aux relevés quotidiens pratiqués par un observateur (M. PELLEQUER) habitant le hameau de La Vialasse.
Les précipitations neigeuses représentent en moyenne annuelle 366 mm soit 20 % des précipitations annuelles totales avec de fortes variations inter annuelles : 112 mm seulement en 1997, contre 1240 mm (soit 37 % des précipitations annuelles) en 1996. En comparaison des valeurs moyennes, les précipitations neigeuses marquent un net déficit depuis 1989. (DIDON-LESCOT et MARTIN, 2006), données non publiées.

 

Témoignage de Yves Pellequer (coutelier et observateur météo à La Vialasse).

« Presque trente ans de relevés météo c'est bien et peu à la fois.
Ce qui est sûr, c'est que je me baignais il y a 40 ans dans des ruisseaux près de la Vialasse qui sont presque secs maintenant l'été. On me dit que ce sont les arbres qui pompent l'eau, mais le secteur était déjà boisé à l'époque. Mon grand-père qui habitait à la Vialasse me disait qu'il avait vu neiger chaque mois de l'année, mais maintenant les hivers sont moins froids et il y a moins de neige.
Les fougères ont été considérablement repoussées en altitude et je vois maintenant des crapauds dans les ruisseaux, ce qui ne se produisait pas quand j'étais gamin.
J'ai l'impression qu'il pleut moins qu'avant et qu'il y a de grands écarts entre les types de temps. Cette année (2008), il n'y a quasiment pas eu de crue à l'automne, et le printemps est pourri avec des orages qui éclatent en mai alors qu'il ne fait même pas chaud !
Pour chaque jour de l'année, je me suis fais une fiche indiquant les valeurs des années records pour les températures minimale et maximale. Les gens disent : « on n'a jamais eu aussi chaud ou froid à cette époque de l'année » ; moi avec les relevés je leur démontre qu'ils se trompent la plupart du temps. On oublie vite le temps qu'il a fait si l'on ne conserve pas des chiffres.»

Conséquences du changement climatique

Une végétation plus productive qui démarre plus tôt au printemps :
Le changement climatique a provoqué une avancée des dates de démarrage de la végétation. Ainsi les dates de débourrage du hêtre ont été avancées de 15 jours depuis le début des années 80.

Démarrage de la végétation

Source : (DIDON-LESCOT et MARTIN, 2006), données non publiées.

Crocus
Jonquilles
www.lozere-online.com www.lozere-online.com

Par ailleurs, l'augmentation des taux de CO2 atmosphérique est bénéfique à la croissance de la biomasse, car le CO2 est un des facteurs de la photosynthèse. Cet élément n'a pas fait l'objet d'études spécifique sur le BVRE du Mont-Lozère.

Une faune moins contrainte pas le climat

Une équipe de chercheurs du laboratoire d’Ecologie de Paris (CNRS / Université Paris 6 / Ecole Normale Supérieure de Paris) travaille sur l'adaptation du lézard vivipare au changement climatique (suivis depuis 1984 au Mont Lozère).
Ces travaux sont détaillés dans la fiche faune et flore (sous rubrique Lézard vivipare).
En résumé, les chercheurs ont observé que l'augmentation de la température a un effet bénéfique sur la croissance des individus qui sont par ailleurs très sensibles aux variations de température (les reptiles sont dits ectothermes, animaux dont la chaleur corporelle provient du milieu extérieur).

 

Conséquences sur l'hydrologie

Il est difficile d'étudier l'impact des changement climatiques sur l'hydrologie. Mais globalement on observe les schémas suivants :
Aug. température de printemps=>dim. Précipitation neigeuse et aug. Fonte des neiges au printemps
Aug. Température de printemps => aug. de l'activité des végétaux => aug. évapotranspiration réelle.
Ces deux observations peuvent faire craindre des conditions hydrologiques plus difficiles en étiage surtout les années où les précipitations sont déficientes.

 

A l'avenir

La tendance climatique actuelle semble donc être aux hivers plus doux et pluvieux et aux étés plus chauds et secs.
Dans ce contexte, l'étude plus fine des étiages pourrait permettre de quantifier la diminution de la ressource (cours d’eau, sources), laquelle aurait en outre pour conséquence la détérioration de la qualité biologique des eaux.

En savoir plus

Site de Météo-France : consulté le 07/07/08.
Site de l'Ifen (rubrique changement climatique) : consulté le 07/07/08.
DIDON-LESCOT J.F. sous la direction de MARTIN C. (2005) - "Changements climatiques : quelles réalités pour les Cévennes ?" Présentation power point, Semaine Nationale du Développement Durable (Alès, mai 2005), 49 diapositives. télécharger (1600ko)

Bibliographie

[22] : DOUGUÉDROIT A. et WARTENBERG N. (2001) - Les précipitations dans les Cévennes septentrionales. In : Eaux sauvages, Eaux domestiquées, Livre en hommage à Lucette DAVY, Publication de l'Université de Provence, V. PROSPER-LAGET édit., p. 65-76.
[96] : DIDON-LESCOT J.F. et MARTIN C. (2004) - La situation de sécheresse exceptionnelle au Mont-Lozère au cours de l'été 2003. Rapport au Parc national des Cévennes, 7 p. télécharger (46ko)